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« Isn't It ? » Φ Ulrich

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❝ EXPERIENCE : 10

MessageSujet: « Isn't It ? » Φ Ulrich Jeu 1 Mar - 23:14



Criminel



Everybody wants to rule the World

Ulrich Keith Edwards-Day
____________________________________________________________________
There is a room where the light won't find you.


❝ Age : Peu de temps s'est écoulé depuis qu'il est entré dans sa vingt-sixième année.
❝ Sexe : Il vous suffit de baisser un rien le regard pour déterminer que vous avez un homme face à vous.
❝ Origine : Il vient originellement d'Angleterre, mais ses tous premiers souvenirs sont nés aux Etats-Unis.
❝ Race : Même s'il se persuade supérieure à la votre, il n'en reste pas moins humain.
❝ Orientation : Ce n'est pas un homme très compliqué sur ce point, il est parfaitement omnivore.
❝ Métier : Multi-tâche, il travaille comme membre du Conseil de l'hôpital familial, joue à l'informateur à ses heures perdues et est maintenant à la tête de la Society of Altereds' Wipeout.
❝ Statut social : Ses revenus actuels lui permettent vivre décement. Extrêmement décemment. Très aisément en fait.
❝ Situation amoureuse : Portée disparue à l'heure actuelle, mais il est toujours sous contrat de fiançaille.
❝ Date de naissance : Venu au monde en même temps que la neige, un certain 25 décembre.


Caractère
____________________________________________________________________
Holding hands while the walls come tumbling down.


« Où est ton Dieu maintenant ? »,

Où est-il, ton Dieu à toi ? T'es-tu seulement ouvert à lui ? Cette question, sûrement n'a-t-elle aucun sens, mais pour lui, elle possède toute une symbolique qui guide le moindre de ses pas. Où est son Dieu ? S'est-il seulement ouvert à lui ? Un jour, peut-être, dans un passé très lointain. Un jour où il était encore un tout jeune enfant, ignorant de la difficulté et la violence de la vie. Un même jour où, en levant le regard, il a compris qu'il n'y avait pour lui ni Dieu ni salvation. Ce jour-là, alors, il a décidé qu'il deviendrait lui-même ce Dieu. Celui qui apportera le salut à la Terre et aux hommes. Lui qui a vu tout ce qui pouvait être vu, lui qui a connu tout ce qui pouvait être connu, lui qui a un jour tout été, et un jour plus rien. Lui qui a été homme parmi les hommes, lui qui a été homme sous les hommes, lui qui a été homme au-dessus des hommes.

Lui seul pourra guider et sauver les malheurs qui s'abattent encore et encore sur cette triste humanité, quand bien même il devra devenir le Diable pour cela.

Toutes ses actions, tous ses gestes, toutes ses belles paroles et ces mensonges venimeux. Toute son existence n'est mûe que par cette seule croyance. Cette croyance qu'il a été celui choisit pour cette mission.

Adler a introduit un terme pour désigner ce comportement : le complexe du supériorité. Un complexe qui implique, entre autres, un mécanisme de défense supposé masquer en réalité de puissants sentiments d'infériorité. En est-il victime ? Lui vous répondra par la négative en riant, Adler froncera des sourcils dubitatifs. Ce cadet né faible, de constitution faible, avec ses poings faibles, incapable de se battre autrement que par la force de son intelligence, aurait-il alors des choses qu'il voudrait prouver ? Pas seulement à ses pairs, mais à l'ensemble des personnes constituant son cercle. Ses amis, sa famille, ses camarades, ses outils, jusqu'à la moindre pétasse venant partager son lit. Montrer à tous sa grandeur et sa capabilité.

C'est cette volonté qui l'agite. Lui que l'on pourrait croire de prime abord une force tranquille, il est sous cette calme rivière un feu qui n'attend plus rien pour s'embrasser. Une flamme complexe qui aime l'Homme sans distinction et hait l'Altération sans réflexion. Une flamme qui s'étend lentement. Oh... Si lentement. Mais qui commence à s'échauffer et grignoter petit à petit les ombres de ce monde. Il ne se presse pas, ne se hâte pas. Il savoure de voir cette étincelle qu'il a allumée se nourrir de la pourriture et mûrir en un brasier purgatoire.

Son idéal.

Il n'en est déjà plus à savoir s'il l'atteindra dans un futur hypothétique, mais combien de temps encore il lui faudra avant d'y parvenir. Il sait qu'il y arrivera. Il le sait. Il sait tout, quand bien même il ne ferait que s'en persuader. À défaut, il veut tout savoir. Il n'est de ceux qui s'amusent de leur puissance physique, mais du plaisir de voir bouger de ses habiles doigts toutes ses petites marionnettes. Et on ne fait vivre les marionnettes qu'avec un fin et fragile lien. Ce lien que l'on appelle le savoir. La connaissance. L'information. Un lien qu'il se réjouit chaque jour de manipuler avec une extrême délicatesse. Un lien qui, trop maigre, finirait par se briser. Un lien qui, trop épais, finirait par se remarquer. Un lien qui, a coup d'échec et de tentatives vaines, il a fini par réussir à maîtriser et qu'il ne craint plus d'utiliser à la moindre occasion. Ce qui n'était à la base qu'un passe-temps est devenu une vocation.

Sand disait que les marionnettes n'amusaient que les enfants et les gens d'esprits. Il est bien trop tôt encore pour se prononcer à laquelle de ces deux catégories il appartient alors, ou bien s'il n'en est pas un métissage. Lui qui aime rire et se divertir d'un rien. Lui qui aime tant être dans le contrôle. Lui qui, dans ce que l'on pourrait appeler une classe digne et propre, s'impose à autrui avec ses idées et ses désirs. Ne serait-il au final qu'un grand enfant ? Aurait-il encore à maturer et à grandir ? Aurait-il besoin alors de cette figure d'homme accomplit pour aider ses pas ?

À d'autres.

Personne autour n'irait jamais nier qu'il est, à n'en pas douter, ce qui se rapproche de plus de l'homme accomplit. De toute cette prestance, si élégant, si droit, un brin séducteur mais qui n'entache en rien son image. Grand Dieu, non. S'il lui a toujours plu, s'il s'est toujours senti grisé de jouer avec adresse le rôle du fils de bonne famille, il tient sous ces traits sa plus belle performance. D'aucuns ne pourraient penser que ce gentleman -et fiable, et adorable, et si souvent apparu au bon endroit, au bon moment, pour venir en aide à autrui- enfant n'est rien de plus qu'une vaste blague montée par ses soins. Le bouclier qui protège de sa simple présence la lame affûtée de Caïn.

Une double vie des plus excitante. Si le rôle du cadet Edwards n'est qu'une façade, c'est sous le masque de Caïn que se cache son vrai visage. Celui qui ne plairait certainement pas autant à cette haute dans laquelle il évolue. Cette vie où il s'est affranchi des notions de bien ou de mal, où il n'est limité par aucune convention, aucune barrière, aucune nécessité de respect, de bienséance, de faux-semblants. Cette vie où il est celui aux commandes, celui qui contrôle, celui qui dicte. Cette vie où il peut, sans aucun mal, se contenter d'être dans l'ombre de vos existences sans jamais même que vous ne le sachiez, sans même jamais bouger le petit doigt. Qu'il s'agisse de faiblesse physique ou psychologique, ou bien même d'un parti prit, il est un fait connu au sein de son cercle : Caïn n'agit jamais par lui-même. Caïn manipule, il ne chasse pas, il ne tue pas, il ne se salit jamais les mains. Et quand bien même cet état de fait pourrait en déranger plus d'un, c'est une chose avec laquelle ses fidèles vivent, qu'ils acceptent. C'est à la tête de penser, et aux armes d'exécuter.

Il y en a bien un, parmi ce petit monde, qui ne tolère pas ça, et qui ne le tolérera jamais sûrement. Celui que l'on pourrait qualifier de bras droit, de chien de garde, de second. Celui qui, en totale opposition avec son chef, est ici depuis le tout début. Il n'est personne en ce monde qui soit aussi proche de lui, et pourtant aussi loin. Si les deux hommes se supportent et coopèrent, ce n'est pas de l'amitié, pas plus que de la pitié ou de la soumission. Ce n'est pas non plus une relation de confiance mutuelle qui lie les deux êtres, mais plutôt une symbiose fragile qui fait que chacun a besoin de ce que l'autre peut lui offrir. On peut se le dire, il est peut-être bien le rare pion qu'il aura du mal à sacrifier le moment venu. Mais tant qu'il a encore le temps, il continuera de prendre soin de lui. De lui et de tous ceux qui lui suivent, qu'ils soient corrompus ou non.

Qui pourrait croire qu'il se cache un cœur sensible et empathique derrière cette carcasse avide de sang. Mais ne vous méprenez pas, il n'est pas un criminel sanguinaire en quête de génocide. Il ne veut pas tuer pour tuer, il ne veut pas détruire pour détruire. Tout ce qu'il fait, c'est pour votre bien, pour vous protéger, pour aider les plus faibles, ceux qui ne peuvent se défendre. La mince frontière entre la criminalité et l'héroïsme est des plus fines, presque aussi fine que celle entre la normalité et la pathologie. Tout n'est qu'une question de points de vue, de manière de faire. S'il a tenté dans le passé d'utiliser la méthode pacifique, il a bien assez durement appris que cela ne suffira jamais, et que la meilleure chose à faire est encore de brûler à la racine ces mauvaises herbes.

C'est ce qu'il en a conclu de toutes ces expériences qu'il a vécu, de toutes ces choses qu'il a vu.

Il n'est donc pas un enfant, mais un adulte. Un adulte qui sait.


❝ Particularités : Depuis un accident dont il a été la victime colatérale il y a quelques années, il est extrêmement malentendant de son oreille gauche. Aussi, il connaît une insensibilité complète de son bras gauche et une baisse de mobilité de ce dernier. Une chance pour lui d'avoir toujours été droitier. C'est bien entendu une « faiblesse » qu'il se garde de montrer en dehors du cadre familial, d'où l'absence d'un quelconque système d'aide auditive. Cependant, pour des raisons que ses proches même ne semblent pas comprendre, il ne cherche pas à user des avancées de la médecine pour guérir ces handicaps.

❝ Tics et manies : Pour des raisons obscures, il est souvent vu avec une flasque argentée à la main, qu'il n'hésite jamais à sortir et à boire quand il doit réfléchir. Surprenant au premier abord de voir un fils de bonne famille comme lui consommer de l'alcool n'importe quand sans en être dérangé, ceux qui lui sont proches savent déjà que cette flasque ne contient rien d'autre que du caramel. Du caramel maison trop cuit.

❝ Passions : Satisfaire sa curiosité. Que ce soit via les livres, les voyages, les enquêtes, il semble doté d'une volonté à tout savoir... Défiant la logique. Il se questionne sur un nombre incalculable de sujet et ne s'arrête que quand les réponses qu'il attend deviennent enfin siennes. C'est comme ça sûrement qu'il s'est dirigé vers son petit passe-temps d'informateur. Tant qu'à avoir des connaissances et les moyens d'en obtenir, autant rentabiliser ça.

❝ Phobies : Peut-être beaucoup trop rationnel pour ce monde, il n'a à priori aucune phobie. Il pense que toute peur peut être et doit être combattue s'il on veut arriver à quelque chose dans la vie. Même dans la psychologie, il est expliqué que les phobies n'ont aucune base logique. Lui n'aime pas ce qui n'est pas logique.

❝ But : Il a un but bien plus grand sur le long terme, mais pour l'instant, il entend bien profiter de la mise en place de la quarantaine pour faire valoir les idéaux de la Society of Altereds' Wipeout et mettre encore plus de poids dans la crainte des Altérés.

❝ Rêve : Faire disparaître de la surface de la Terre toute trace de l’existence des Altérés, toute trace de l'existence des dons, toute trace de l'existence des liens avec les races extra-terrestres et de venir le héros qui aura sauvé ce monde. Un petit rêve tout en simplicité.



Identité secrète ❝ CAÏN
____________________________________________________________________
When they do I'll be right behind you.



■■■ Ton matériel de héros ■■■

❝ Costume : Contrairement à certains personnages qu'il cotoie, ou même à certains héros, lui ne s'embête pas avec un costume rocambolesque digne des pires comics. Caïn par contre est parfois affublé du surnom de « l'homme à la capuche rouge », qu'il doit au sweat-shirt rouge qu'il enfile toujours au dessus d'un élégant costard. Bêtement, il porte un masque chirurgical lorsqu'il lui faut cacher son identité. Comme ça, dans la rue, il peut passer pour Monsieur Tout-le-monde, avec un mauvais rhume peut-être, mais pas bien dangereux. Personne ne pourrait se douter que derrière ce masque se dissimule un criminel de la pire espèce.

Un détail de sa tenue qui n'aura jamais manqué de faire réagir les nouvelles rencontres, outre le décalage entre son costume à cravate tiré à quatre épingle et son sweat-shirt digne des plus insignifiantes racailles, c'est bien sûr cette paire de gants qu'il semble de jamais retirer. A l'instar des tenues à manche longue qu'il porte toujours, ils ont pour but de cacher les cicatrices qu'il présente sur la majeure partie de son corps, et principalement celles de son bras gauche.

❝ Arme : A première vue, Caïn n'est équipé de rien d'autre qu'un pistolet. N'étant pas un grand combattant, il répète souvent que peu importe la personne face à vous, un être humain est souvent bien affaiblit lorsqu'il se retrouve avec une balle entre les deux yeux. Ce n'est pas un tireur de génie, mais il se débrouille toujours mieux avec ses bestioles qu'avec les poings.

❝ Gadget : Il n'est pas très « gadget ». C'est un terme et un concept qui fait amateur à son goût. Il a des armes, du matériel, des sbires, un réseau, mais rien qui ne pourrait faire office à proprement parlé de gadget. Pour la forme, on pourrait bien sûr parler de ce brouilleur de fréquence qui ne le quitte jamais. Un outil pour le moins bien utile en toute circonstance, et même parfois fournisseur d'un peu de divertissement. Mais de là à parler d'un gadget...

❝ Véhicule : Aussi pratique et mobile qu'un cheval, la nourriture et l'affection en moins, il possède depuis son arrivée dans le Conseil une Harley 1690 FXSB Breakout. Beaucoup diront qu'un tel véhicule ne sied absolument pas au personnage, il répondra que rien ne sied plus à une personne que la capacité d'éviter efficacement les embouteillages. L'hôpital lui fournit également une voiture de fonction, rien de moins qu'une Tesla Model S.




Toi, derrière ton écran

❝ Pseudo : Dans ma grande mansuétude, je vous autorise à m'appeler Maîtresse Suprême
❝ Âge : J'ai dû arrêter de compter quand j'ai passé la majorité... Parce que j'allais répondre 18 ans alors que j'ai presque 22 piges c:
❝ Avatar : Midoriya Izuku ••• Boku No Hero Academia
❝ Passions & Hobbies : La supériorité et les petites fesses pulpeuses
❝ Découverte du forum : Un grand homme à dit un jour « Tu es un pigeon, Henry » Parce que je voyage trop mdr ! Allez salut !
❝ Un petit mot pour la fin : Je pense que j'ai BEAUCOUP trop écouté Perfect Time de Nanatsu no Taizai pendant l'écriture de cette fiche... Mais je le vis bien c:







Dernière édition par Ulrich K. Edwards le Sam 17 Mar - 21:36, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Jeu 1 Mar - 23:19

Histoire
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So glad we've almost made it.


Halloween 2018 - Quelque part dans l'état de New-York, Etats-Unis.

« … un homme parfaitement charmant, j'ai beaucoup aimé conversé avec vous lors de ce gala. Je pense par ailleurs venir vous rencontrer ce jeudi afin de signer ce contrat dont nous avons parlé. Un partenariat avec... »

Une petite croix sur le papier, la famille McGregor est maintenant dans la poche. Une approche des plus facile. Il est de notoriété publique maintenant que Judith, à la tête de la famille depuis le départ en retraite de son père, est très friande de la jeune viande des hommes tout juste adulte. Avec un morceau de choix comme lui, il fut tout simple de la séduire et de la lier à l'hôpital. Dommage pour cette gourde qui vient à peine d'arriver dans le dur monde des affaires, l'engagement à venir signera la fin de sa présence parmi eux.

Mais il lui fait là une fleur après tout, tout Dieu généreux qu'il est. La pauvre n'aurait jamais supporté la pression qui pèse sur les héritiers des telles compagnies. À presque la cinquantaine, elle y aurait laissé son peu de santé et aurait coulé des jours malheureux. Autant mettre fin à sa souffrance avant qu'elle n'arrive.

S'enfonçant dans son fauteuil, il jubile en relisant chaque mot de ce mail. Il jubile... Un rien déçu à l'intérieur. Il n'y avait eu là aucun challenge, aucune difficulté, aucun problème. À ses oreilles s'élèvent les sons d'un orchestre calme. Il soupire d'apaisement en venant retirer de sa poche une flasque gravée qu'il porte à ses lèvres. Deux des trois familles qu'il visait son maintenant sous son joug, il ne manque plus que les Moore, cette entreprise pharmaceutique sur laquelle il lorgne depuis quelques semaines déjà. Un combat qui lui offre bien plus de satisfaction et de grisement tant il lui est contraignant d'entrer en contact avec le chef de cette société.

Mais tout vient à point à qui sait attendre. Même si ce dernier se montre particulièrement hermétique à ses propositions, c'est une guerre d'usure qu'il va mener là, quitte à utiliser bientôt son joker qui fera aussitôt plier son adversaire. Bien sûr, ça ne serait pas drôle d'en venir là tout de suite. Attendons un peu avant de divulguer cette vidéo sextape du fils Moore avec ces deux camarades de rugby. Il a eu tant de mal à se la procurer, ne gâchons pas tout ce travail et amusons nous un peu pour le moment.

« Caïn ? »

Son regard lime se redresse vers la porte de son bureau, à peine visible sous les pans de sa capuche. Silencieux, il attend que le nouveau venu annonce la raison de sa visite.

« Twins K vient d'arriver. Il a des bonnes nouvelles apparemment. »

« C'est que j'ai presque failli attendre dites moi. »

Caché derrière son masque, on peut voir son visage s'étirer d'un sourire. Une bonne nouvelle qui aurait pu le mettre dans l'embarras si elle était apparue un rien trop tard. D'un sac, il sort une petite pochette en tissu et se rend d'un pas contrôlé dans le hangar principal de la zone où se réunissent la plupart des membres. Qu'il était pratique de loger au sein de la zone abandonnée, personne en ce monde n'osait plus y mettre les pieds.

Balayant l'assistance, il repère bien vite ce cher et tendre mercenaire revenu de mission. À l'instant où ce dernier le remarque, il lance dans sa direction la pochette qu'il rattrape sans même en paraître surpris. Comme à chaque fois, c'est Kiyo qui est venu faire l'entremetteur. Tant mieux, c'est celui avec lequel il a le moins de soucis pour converser. Disons que leurs avis se rejoignent assez souvent quand il s'agit du travail. Qu'elle tristesse de savoir qu'un jour, un tel élément finira de sa main la corde au coup.

« Deux mille en petites coupures, comme prévues. »

Sans un mot, le brun recompte les billets qu'on vient de lui balancer à la gueule puis fronce les sourcils en sortant une petite puce noire de la pochette.

« Et la carte SD, c'est pour le pourboire ? »

« Un autre petit service que j'aurais à te demander, dirons-nous. », s'amuse-t-il.

Il lâche un râle las, mais ne conteste pas plus. Tant que la paye est conséquente, peu importe le travail, n'est-ce pas mon petit Kiyo ? Sans plus rien ajouter, il tourne les talons. Vraiment celui avec lequel il a le moins de soucis pour converser. Un bonheur. Riant un rien, il hèle une dernière fois.

« Et n'oublie pas de détruire les preuves. »

Comme s'il ne connaissait déjà pas son travail, lui qui est si doué avec les ordinateurs. Enfin, une bonne chose de savoir que NoName repose maintenant six pieds sous Terre. Ou sous la mer, si on en croit les clichés présents dans l'enveloppe qu'il lui avait tout juste fourni. Ce pauvre jeune Joker avait voulu faire du zèle en mettant son nez dans ses affaires. Quelle triste histoire qu'il eut été plus rapide et plus efficace que lui pour trouver l'autre.

Mais il n'existe à présent plus de NoName, ni même de traces d'une quelconque enquête à son sujet, aucun document, aucun enregistrement, aucun témoin auditif. Plus rien. Disparu. Malheureux enfant, à peine vingt ans et déjà parti rejoindre ses ancêtres. La dure loi de cet univers, petit. Si on veut mettre un pied dans le monde souterrain, on n'en ressort jamais. Beaucoup l'on appris à leur dépens.

Derrière lui, certains membres présents exultent. Après tout, on pourrait bien se demander pourquoi il affiche ainsi ses rencontres avec certains exécutants plutôt que de rester discrètement dans son bureau. Pour une raison ma foi fort simple.

L'esprit.

Quelle gratifiante sensation que de savoir qu'un ennemi a été éliminé, qu'une mission a été menée à bien, que le mouvement révolutionnaire auquel tout ce petit monde adhère avance doucement et qu'il se met en place. Il n'y a pas besoin de beaucoup de témoins, une ou deux personnes seulement. Puis le son de la cloche de la victoire résonnera en chaîne à toutes les oreilles, et les troupes n'en seront que plus efficaces.

La quelques trentaines de membres résidant encore dans la ville bientôt sera mise à courant, et cela sera parfait pour la suite des événements. Oh. Rien de bien exceptionnel. Une nouvelle attaque pour ce groupe que l’on appelle aujourd’hui la Society of Altereds’ Wipeout. Une attaque qui profitera autant à Caïn qu’aux Edwards.

Sur son portable s’éveille le bip caractéristique d’une notification. Un article de journal qui pourrait l’intéresser, d’après la machine. Quel petit outil des plus utiles. À la Une, une nouvelle qui semble bouleverser le pays. Une nouvelle qui semble guidée par le destin, comme si les cieux lui confirmaient qu’il faisait les bons choix. Une nouvelle... Merveilleuse. Alors qu’il parcourt les lignes de l’article, son regard s’illumine d’un rire silencieux.

Ce serait une tragédie si une attaque avait lieu... Maintenant.

Pas vrai ?


Noël 1992 - Hôpital de Leeds, Angleterre.

Le soleil se lève doucement, lentement, à son rythme. Petit à petit, les premiers rayons orangés se laissent apercevoir. Une faiblesse chaleur se déverse dans la ville, se meut entre les immeubles, fait pleurer la neige fraîchement installée, teinte les chambres d’un sentiment apaisant.

Dix jours déjà que le mauvais temps s’était installé dans le nord du pays. Dix jours où pluies et tempêtes s’étaient succédé et où la neige avait terminé la marche. Mais en ce jour sacré, c’était un soleil timide qui avait réveillé les habitants, comme pour saluer l’événement. Si on fêtait usuellement en ce jour la naissance du Christ, ce couple à présent n’en aura que faire.

Car aujourd’hui, ils fêteront la naissance de leur propre miracle.

Leur troisième enfant.

Épuisée de ce dur combat, la mère regardait avec l’air le plus attendrit du monde l’une de ces plus belles créations. Son fils, avec sa petite mèche de cheveux bruns sur le haut du crâne, avec ses petites jambes dodues, avec ses iris encore grisés, avec son petit sourire reposé.

Dans la pièce jusque-là silencieuse pénètre deux petites âmes. Une fille et un garçon liés par la même chevelure rousse et le même regard argenté. Hésitant d’abord, inquiet par l’air affaiblit et fatigué de la femme en repos, la jeune fille fait un premier bond rapide à son chevet pour s’inquiéter de son état. La dernière fois déjà, elle avait eu la même réaction, mais sûrement ne s’en souvient-elle pas.

À son tour, le jeune garçon la rejoint, bloqué lui dans son mutisme, mais avec cet air craintif similaire peint sur le visage. Les voyant ainsi tous les deux paniqués, elle s’autorise un rire qui les rassure presque aussitôt. Elle pose la main contre la couveuse à ses côtés et fixe le petit corps à l’intérieur, endormi et percés de seringues.

« Mes bébés, je vous présente votre petit frère. »

D’un même mouvement, ils s’intéressent à l’être vivant dans sa bulle. Ils l’étudient un long moment, ne sachant trop quoi penser. C’est le petit garçon qui finit par briser leurs interrogations muettes.

« Mais… Il est moche. »

« Il a plein de tubes de partout, comme Papay. », enchaîne la petite.

Tiraillée entre l’amusement face à l’innocence de ces enfants et la tristesse que l’on s’adresse ainsi à la chair de sa chair, la femme ne répond rien et vient pincer les joues du petit.

« Peut-être, mais bientôt, il sera le plus bel homme de la Terre. »

L’enfant jette un coup d’œil dubitatif à sa sœur qui lui adresse uniquement un haussement d'épaules. Ni l’un ni l’autre n’avaient pour habitude de voir leur mère aussi douce et calme. Sûrement est-ce dû à l’arrivée de ce petit frère moche. S’il pouvait apaiser leur mère comme ça pour toujours, alors qu’importe qu’il soit si laid.

Mimant le geste de sa génitrice plutôt, la petite vient coller sa main à la vitre la séparant du bébé.

« Bienvenue dans la famille, petit frère moche. »

« Bienvenue, petit frère moche. », imite aussi le petit.

La mère soupire dans un gloussement fatigué. Bien qu’adorable, ils étaient aussi butés que bêta. Leurs caractères respectifs pourraient bien faire en sorte que cet affreux surnom subsiste au fil des années. Elle ne se prive pas de corriger le tir au plus vite.

« Il ne s’appelle pas petit frère moche. »

Regrettable histoire qu’elle ne l’ait pas fait plutôt.

Pas vrai ?


Juillet 1994 - Long Island, Etats-Unis.

Cela faisait un moment que le doute planait. Quelques mois. Quelques années peut-être. On ne s’amusait plus à faire le compte, mais on savait que cela faisait un temps bien trop long. On l’avait ressentie, cette pression qui pesait sur la famille. Ces longs repas silencieux, ces disputes toujours plus fréquentes, ces excuses dont on ne comprenait pas la provenance, ce poids qui grandissait sur les épaules de chacun.

Il n’avait pas fallu plus longtemps pour que la sentence ne tombe finalement.

Cet été-là, les Edwards abandonnent à contre cœur leur paisible Angleterre pour se diriger vers les temps qui agitaient les vies de l’autre côté de l’Atlantique. Ni le mari ni la femme ne souhaitent s’y rendre, mais les opportunités et les obligations n’ont laissé le choix à aucun des deux.

Lui abandonnerait ce paisible hôpital où il avait toujours servi. Elle abandonnerait ces paisibles collègues qu’elle appréciait tant. Mais c’est une vie meilleure qu’on leur propose là, pour eux et leur progéniture.

« Quel être humain digne de ce nom pourrait sainement refuser une telle proposition ? », prononce-t-il un jour.

Aucun.

Ce sont des valises plein les bras qu’ils ont quitté leur pays pour le nouveau continent. Déjà à cette époque, il était ravagé par la foule, le bruit, les tentions. Mais pire encore envahi par ces immondices d’humains mutants. Épicentre de leur invasion, c’était l’endroit où se rendre si on voulait se mettre en danger à leur côté.

Et c’est dans cet endroit qu’ils se rendaient alors tous pour cette « vie meilleure » qu’on leur promettait. La lune du soir s’éveille à peine lorsqu’enfin, après toutes ces longues heures de voyages, ils posent le premier pas dans leur nouveau et définitif chez eux. Un logement de fonction qu’on leur avait garanti et qui tient parfaitement la promesse de les accueillir tous.

Les aînés, bien plus préoccupés par l’excitation de tant de nouvelles choses, ont déjà bien vite oublié leurs cœurs brisés d’avoir dû se séparer de leurs amis d’école. Dans une même course, ils explorent déjà tous les recoins de ce bâtiment, s’extasiant tour à tour sur le jardin, sur les chambres, sur les lustres, sur le piano, sur les salles de bains.

Le plus petit, lui, ne quitte ni les bras de sa mère, ni son père des yeux. Ce qu’il se passe là, ce qui lui arrive là, il ne le comprend pas. Tant de mouvements, d’agitation. La panique qui se lit sur son visage n’est cependant remarquée par personne au alentour. C'est normal, il est bien trop petit pour comprendre après tout.

Plus tard dans la semaine, quand les derniers cartons furent déballés et les derniers meubles montés, on fêta les anniversaires. Hasard ou destin, l’histoire a voulu que les deux enfants, partageant la même chevelure rousse et le même regard argenté, soient nés le même jour, du même mois, à deux années d’intervalle. Respectivement six et huit ans, cet anniversaire symbolise à la fois leur entrée dans une nouvelle année que dans leur nouveau foyer.

« À ton tour ! »

La petite s’avance vers son gâteau, et la famille profite de ce moment de calme tant mérité. Les tensions s’apaisent et s’éteignent à l'instant où l’enfant souffle les flammes des bougies. Comme si le souhait qu'elle avait formulé s'était réalisé aussitôt. Comme si une vague avait tout balayé. Chacun mentirait s'il disait ne pas l'avoir ressenti, mais en cette période d'anniversaire, personne n'a songé à s'en inquiéter.

Peut-être aurait-il fallu s’en inquiéter un peu plus.

Pas vrai ?


Avril 1997 – Ecole primaire de Maspeth, Etats-Unis.

À quel moment est-ce que tout avait changé ? À quel moment il lui est devenu bien plus naturel de tapoter sur sa tête à lui ? À quel moment la balance avait-elle tournée en sa défaveur, lui qui était si gentil, si petit, si mignon. Lui qui avait toujours été si sage, si souriant, si fier de porter l'attention totale de ses géniteurs au détriment de ses aînés. Lui qui n'avait jamais menti, fait de bêtises, ou déçu. Lui dont sa mère disait toujours qu'il était le plus bel enfant du monde.

À quel moment ?

« Ils sont si calmes en temps normal, on ne sait pas trop ce qui a pu se passer pour que ça finisse comme ça. », dit la directrice.

Les épaules abattues, il sent le regard pesant de ses parents. C'est bien la première fois qu'une telle situation se produit. Plus que la surprise ou l'étonnement, c'est le choc qui se lit sur les visages des adultes ici présent. La peur lui tord tellement les entrailles qu'il ne se sent même plus dans la capacité de pleurer. L'autre garçon à ses côtés pourtant semble ne rien craindre. Il fixe droit devant lui et soutien l'affrontement avec les adultes.

« J'ai pas commencé ! Ça sert à rien de tout rejeter sur moi comme ça. Des gens ont vu ce qu'il s'est passé et peuvent parler à ma place. »

Il était sûr de lui, avec sa prestance, son dos droit, la gestuelle aisée, ses tournures de phrases digne des grands alors qu'il n'atteignait même pas encore un âge à deux chiffres. Quand bien même les arguments tournent en sa défaveur, sa peur se transforme en admiration. Cet enfant, avec sa chevelure rousse et ses yeux argentés, avec les pansements qui ornent ses bras et son visage, qui le trahit ainsi... Cet enfant, il le tient en ce moment en haute estime.

Il n'écoute plus rien autour que la tonalité de sa voix et ne le lâche pas. Il brille tellement que même le regarder en devient douloureux. Est-ce qu'il a toujours été comme ça ? Si convainquant, si adulte, si responsable. Ce n'est pas tant qu'il veut éviter la punition et les reproches, il est juste persuadé d'avoir raison. Tant persuadé qu'il ne se laisse aucunement abattre par la situation, lui.

Un vrai leader.

La vérité le frappe à ce moment-là. C'est un don de Dieu, il n'y a pas à tergiverser plus longtemps que ça. C'est l'instant exact où il s'est éveillé à sa nature la plus profonde. Et dire qu’il a eu la chance d'assister à ça, d'y être au premier plan, d'en être la première victime. Sûrement est-il maintenant comme leur aînée.

« Qu'est-ce que tu me veux, le moche ? »

Son corps sursaute et son esprit se réveille. Les lèvres entrouvertes d'une réplique qu'il n'aurait pas su sortir, les adultes répliquent en demandant à l'enfant de se calmer un peu. Déclencher une bagarre est une chose, provoquer volontairement en est une autre. Une fois de plus, l'autre sent que toutes les fautes lui retombent dessus, et ne se laisse pas faire.

« Vous avez pas honte d'accuser comme ça quelqu'un à tort ? Il a sa part de responsabilité aussi je vous signale ! »

Que dire ? Que faire ? Pourrait-il lui aussi se défendre comme un jour ? Pourrait-il se défendre là, maintenant ? Aucun son ne sort de sa bouche alors que l'histoire attend sa version des faits. Épuisé physiquement et moralement, il finit par craquer. Et de grosses larmes de culpabilité roulent le long de ses joues sous le soupir faitgué de ses deux parents. Sans autre forme de procès, la famille quitte le bureau. Resté en retrait, la scène face à lui suffit à l'achever. Une enfant à la rousse chevelure et au regard argenté se hâte de rejoindre sa moitié.

Puis la large main de l'homme qui vient caresser le haut du crâne du garçon.

À quel moment est-ce que tout avait changé ? À quel moment il lui est devenu bien plus naturel de tapoter sur sa tête à lui ? À quel moment la balance avait-elle tournée en sa défaveur ? État-il trop jeune ? Était-il plus bête ? Était-il mauvais ? Était-il un échec ? Était-il en trop ? Lui aussi grandira et sera aussi fort quand il sera plus grand.

Ne me laissez pas derrière.

Ne m'abandonnez pas.

Regardez moi.

Regarde moi.

Est-ce que...

Est-ce que je ne suis plus...

Pour toi ?

Je ne suis plus... utile...

Pas vrai ?


Septembre 2001 – Aéroport international John-F.-Kennedy, Etats-Unis.

Et les cloches sonnent. Dans leur écho, de longues ailes noires se déploient dans le ciel, et le croassement des oiseaux accompagne les huit coups de l'église de la ville. Et dans un envol chutent de fines plumes aux couleurs de la nuit. De fines plumes, vacillantes, virevoltantes, dansant dans le vent sec d'un frais matin. La saison hivernale s'installe bien plus tôt que prévue et le temps semble se refroidir un peu plus chaque jour. Dans les contrées les plus au nord du pays, certains villages ont même déjà pu apercevoir les premiers flocons de neige de l'année.

Pourtant, dans cet air froid qui englobe la ville, une jeune femme se balade encore bras et jambes dénudées, comme si rien ne l'inquiétait moins que de tomber malade. Son seul vêtement semble être cette épaisse masse écarlate qui habille jusqu'à ses épaules.

Cette attention qu'elle attire autour d'elle ne cesse d'augmenter le sentiment de malaise du petit garçon à ses côtés. Avec sa tignasse brune mal coiffée, ses grosses lunettes, ce manteau trois fois trop grand pour lui, ses deux valises et son sac prêt à exploser au moins mouvement trop brusque, il contraste avec cet air léger et aérien qui entoure son accompagnatrice. Elle filant comme le vent entre la population des lieux, lui la talonnant lourdement. C'est devant le Terminal 4 que leur course folle prend fin. Pendant un moment, ils se contentent tous les deux de fixer la file s'amassant à l'entrée du terminal. Elle souriante, lui angoissé.

« Tu as peur ? Tu veux que je fasse un vœu pour que tout se passe bien dans l'avion ? »

Il secoue vivement la tête au point d'envoyer valser ses lunettes. Dans la panique qu'elles se retrouvent écrasées sous les pieds des passants inattentifs, il se hâte dans leur direction, lâchant un instant les deux valises qu'il traînait derrière lui. Mais avec sa précipitation, il ne remarque pas que la lanière de son sac reste coincée à la poignée d'une valise. Ses pieds partent devant lui alors que son corps et tiré en arrière.

Ses jambes ne le retenant plus, il s'étale face contre terre, et entraîne dans sa chute le poids de la valise qui s'affale sur lui, lui arrachant un gémissement étouffé. La jeune femme observe, et glousse.

Elle ne se moque pas, elle n'oserait jamais. Elle riait d'être beaucoup trop habituée à le voir se mettre dans ce genre de situation idiote juste parce qu'il perd trop vite son sang-froid que ça en devient presque un gag récurrent. Simplement, elle vient cueillir les lunettes s'étant planté un peu plus loin, souffle un rien dessus et les repose sur le nez du garçon se relevant en fourrant sa main dans ses cheveux déjà bien décoiffés.

Balbutiant un merci à peine audible, il replace correctement ses verres et reporte aussitôt qu'il recouvre la vue son attention sur la porte d'embarcation. Un air triste se moule sur son visage quand un bras vient se serrer gentiment autour de son cou.

« Tu sais, s'ils n'ont pas pu venir, c'est parce qu'ils étaient trop occupés avec le travail. Faut pas t'inquiéter pour ça. »

Il ne lui faut pas longtemps pour remarquer que ses tentatives pour le rassurer ne portent pas tout à fait ses fruits. Elle soupire.

« Je suis sûre qu'ils appelleront quand tu seras arrivé. Enfin... Ils pourront pas savoir... Mais ils répondront au téléphone quand tu appelleras. Et s'ils ne le font pas, moi je le ferais ! Mais ah ! Y a aucune raison pour qu'ils le fassent pas, hein ? »

Peu persuasive, empirant peut-être même les sentiments sombres qui enveloppent le cœur du jeune garçon, elle décide d'arrêter là les frais. Ça ne servait à rien de lui mentir après tout, il était assez intelligent pour ne pas être dupe. Si elle n'était pas rentrée plus tôt des cours ce jour-là, elle n'aurait été au courant que le garçon se rendait ainsi à l'aéroport, tous bagages bouclés. Pas même accompagné d'adulte, c'était le chauffeur qui l'avait amené jusque ici et jeté à l'entrée.

S'étant faufilé dans la voiture sans prendre la peine de demander l'avis de qui de droit, prête à subir les réprimandes de son géniteur une fois retourné à la maison, elle s'était portée garant de l'accompagner jusqu'au point de départ de son aventure. Bien sûr qu'elle affrontera les foudres du chef de la famille. Bien sûr qu'elle y est préparée. Elle n'a pas peur. Elle n'a peur de rien. Elle va de l'avant sans craindre les murs qui lui font face.

Bien sûr qu'elle avance.

Et si elle avance, elle qui est son modèle, son soutien, son amie, alors lui aussi avancera. Sourire aux lèvres, il fait un premier pas hésitant. Puis un deuxième. Un troisième. Et sans s'en rendre compte, le voilà déjà derrière la ligne. La ligne qu'elle ne pourra pas franchir quand bien même elle le voudrait. Il se retourne et reconnaît son visage malgré la foule qui s'attroupe à sa suite. D'un hochement de tête, d'une moue fière qu'elle affiche, d'un mouvement de main qui le salue, de ces petits gestes sans parole qu'il comprend et qui lui parle.

Je continuerai à veiller sur toi même à l'autre bout du monde.

Pas vrai ?


Septembre 2001 – Aéroport Charles de Gaulle, France.

Les appels fusent. Ils fusent mais n'atterrissent nul part. La panique brise les cœurs et le monde, et il doit faire face seul. Pas d'aide, pas de soutien moral. Juste lui, son sac à dos et ses idées noires. La navette qu'ils devaient prendre est partie depuis longtemps sûrement, ou bien peut-être qu'elle ne s’est jamais mise en route. La nouvelle a fait le tour des pays. La rumeur s'étend comme un feu affamé et brûle toutes les lèvres. On s'est arrêté de vivre pour concentrer toute notre d'attention sur les écrans qui pullulent dans les villes.

Les lignes saturées, il est impossible de prendre des nouvelles de nos proches ou d'acquérir plus d'information. Les émissions qui s'enchaînent, il n'en détache pas le regard. De cette langue qu'il ne comprend en rien, il s'imagine les pires choses, les pires scénarios. Ne peuvent-ils pas parler son anglais natal, cet anglais que l'on voulait mondial ?

L'adulte à ses côtés est trop occupée à tenter de joindre sa famille pour se préoccuper de l'état de l'enfant. Ce qu’il se passe là, ce qui lui arrive là, il ne le comprend pas. Tant de mouvements, d’agitation. La panique qui se lit sur son visage n’est cependant remarquée par personne au alentour. C'est normal, il est bien trop petit pour comprendre après tout.

« C'est un doté. »

« Un doté. »

« Il n'y a qu'un doté pour provoquer une telle atrocité. »

« Toujours la faute des dotés. »

Dans le hall de l'aéroport qui s'emplit sans fin, c'est le seul mot qui revient en boucle dans son esprit, qui dénote de tout ce brouhaha de gens et de sons. « Doté ». À ce moment-là, la barrière de la langue ne fait plus effet, comme si elle avait miraculeusement disparu. Il n'a pas besoin d'en demander la signification car il l'a très bien comprise. C'était donc ce genre de personnes qui avait prémédité ce crime, cet attentat contre la paix.

C'était ce genre de personnes. Ce genre de personnes aux facultés similaires à ses aînés. Pourquoi utiliser ce qui les rends si spéciaux pour faire ainsi le mal autour d'eux ? Pourquoi ne peuvent-ils pas savourer, profiter d'être supérieur aux humains lambdas pour faire le bien comme tous ces héros que l'on peut voir dans les journaux ? Pourquoi le bien attire à ce point le mal ? Pourquoi le monde est-il aussi manichéen ?

Pourquoi se poser toutes ces questions ?

Il le sait, au fond de lui, la raison pour laquelle il est si fasciné par les actions de ces humains différents. Cette même raison qui l'a envoyé pourrir de l'autre côté de l'océan, loin de chez lui, de sa famille, de cette vie qu'il a toujours connu. Mais l'avouer maintenant serait suffisant pour l'achever. Alors il n'y pense pas, il ne veut pas savoir. Il se contente d'observer jusqu'où tout cela va les emmener.

Finalement, la voix paniquée de son accompagnatrice arrive jusqu'à lui alors qu'à la télé repasse en boucle les images de l'avion s'écrasant dans la tour.

Ils vont tous bien.

Pas vrai ?


Février 2004 – Internat Marie Curie, France.

« … confisqué mon téléphone comme on punirait une gamine de 13 ans. Des fois, j'ai l'impression qu'ils ne comprennent pas que je suis une adulte ! Je suis à la fac quand même ! Enfin, je pense que le cadeau te plaira. Je sais qu'il est un peu en retard, mais disons que j'ai eu quelques problèmes à le faire envoyer... J'espère On espère que tu pourras rentrer pour les prochaines vacances, tu as dû te sentir seul dans ta chambre avec tous tes amis rentrés chez eux.

Bref ! Je t'embête pas plus longtemps ! Salue tante Mi' pour moi et n'oublie pas de...
»

La lettre qu'il tient entre ses mains est un peu chiffonnée, un morceau a même été déchiré pour être scotché par la suite. Il sourit, ne sachant pas si la destinatrice a oublié de prendre soin de cette missive -connaissant ces hautes tendances irresponsables- ou si ce bout de papier a été victime d'un autre type de dégradation. Comme par exemple, quelqu'un qui aurait essayé de l'arracher de ses mains pour l'empêcher de l'envoyer. Mais bien trop heureux de finalement recevoir des nouvelles après deux mois entier de silence radio, il se promet de faire fit de cette éventualité.

Comme toutes ses camarades, la lettre s'en va reposer dans une boîte contenant une dizaine de ses consœurs. Son aînée, pour des raisons qui lui échappent encore, a toujours eu un penchant pour les messages écrits à la main qui mettent plusieurs jours à lui arriver. La vieille école ou le souci d'avoir une trace qui ne s'efface pas, l'un ou l'autre de ces cas amènent au même résultat de lui tirer un sourire bienveillant à chaque fois qu'il pose les yeux sur son écriture déchaînée.

Il range la petite boîte en métal dans un tiroir de son bureau, ravi de s'être accordé une pause salvatrice, et replonge le nez dans ses interminables bouquins de cours. Il n'a cependant pas le temps de s'y concentrer que la voix bien particulière de son colocataire fait irruption dans la pièce.

« Une autre lettre de ta sœur ? »

Il relève le museau vers le nouvel arrivant aux taches de rousseur en arquant un sourcil interrogateur.

« T'as toujours cet air béat quand tu reçois une de ces lettres. », répond-il presque aussitôt.

Haussant les épaules et les yeux, il dénigre complétement cette information sans fondement. Qui a un air béat ici ? Il reçoit une tape derrière la tête en punition à ce manquement de respect évident, et les deux garçons s'en amusent de concert.

« Ah tiens, encore en révision pour le devoir de Dubois ? Monsieur Premier-de-la-classe a à ce point peur de rater ? »

Pfeuh. Si l'histoire n'est certes pas sa matière de prédilection, il ne pouvait malgré tout pas se permettre d'afficher sur son bulletin des notes médiocres. Il n'avait à la base aucunement l'intention de se démarquer des autres élèves et de faire entendre sa voix plus que de raison, il avait fini par comprendre que c'était là sa dernière arme pour se faire une place dans ce monde : le savoir. Et plus encore qu'une place dans ce monde, c'était une place dans sa famille qu'il visait.

Il avait retiré tous les mérites aux examens d'hiver, et les félicitations étaient tant venu du corps enseignant... Que de son propre père. Peut-être n'était-il pas aussi spécial que ses aînés, mais il avait sa propre force, son propre don. Une chose dont lui seul pouvait se vanter au sein de sa fratrie. Cette chose qui brillait assez pour attirer celui qui avait toujours détourné le regard.

Alors peu importe les sacrifices qu'il devrait faire pour maintenir son titre, peu importe qu'il doive abandonner loisirs, vie sociale et sommeil, il le ferait sans même hésiter. Il a de toute façon un ami sur cette même longueur d'onde en la personne qui partage sa chambre. Ami qu'il laisse à sa solitude le soir même par ailleurs.

La cadette Day prend soin de lui depuis ses premiers jours en France. Ne s'étant jamais mariée et n'ayant jamais enfanté -par choix ou par dépit- elle a reporté beaucoup de son affection instinctif sur ce pauvre agneau et tientt par dessus tout à fêter dignement les résultats tout juste tombés de ses examens. Ce week-end-là alors, exceptionnellement, il quitte l'internat pour se rendre dans la maison perdue en pleine campagne de sa tante.

Elle le serre si fort dans ses bras et loue tant et tant son génie qu'il finit bien vite par en avoir le vertige. Toujours peu habitué à ces contacts physiques débordants, il prend malgré tout énormément de plaisir dans la compagnie de ce tout petit bout de famille tout seul en France.

S'il osait, sûrement qu'il pourrait affirmer qu'en ces temps où tout pourrait sembler triste, lui est heureux.

Béat.

Pas vrai ?


Juillet 2007 – Per Se, Etats-Unis.

« A mes deux enfants qui font un pas de plus vers la vie adulte, et aux années collèges brillamment achevées de mon fils, ainsi qu'à ses fiançailles, santé ! »

Les trois autres âmes autour de la table soulèvent joyeusement leurs verres et répètent en écho leurs félicitations. En ce jour célébration, de fête et de joie, on marque le passage à la majorité de la sœur aînée, l'acceptation du plus jeune dans l'un des meilleurs lycées de France et ces ci-biens nommées fiançailles.

Autant, si les premiers points étaient propices à la glorification, rien n'aurait jamais plus valu cette soirée dans un tel restaurant que l'annonce de l'union à venir avec un énorme groupe de technologie médicinale japonais. Au centre de cette union, lui. Rien ne comptait plus pour un japonais que de marier son inutile fille pour lui donner une raison de continuer à la nourrir. Et rien ne comptait plus pour son père que de donner à son inutile fils une raison de porter le nom Edwards. En soit, même si tous répudiaient ce genre de pratique de l'ancien temps, lui n'a jamais été aussi heureux d'en être la victime.

La seule personne ici présente qui n'affichait un air ravi que pour la forme, c'était le fils aîné. Lui qui est d'habitude si éloquent n'avait encore prononcé mot et claque encore et encore la langue contre son palet. Ce tic qu'il a lorsque quelque chose le chagrine. Ce tic que personne à part le cadet ne semble avoir remarqué.

Mais maintenant qu'il arrive enfin sous le feu des projecteurs, il ne compte pas lâcher ainsi sa place si durement acquise. Cette place à côté de son père pour laquelle il a tant lutté. En ce jour de célébration, en ce jour où l'on fêtait la naissance des deux aînés Edwards, c'est lui et lui seul qui s'est accaparé toute l'attention. Une victoire dont il ne pourra jamais assez se délecter. Il porte à ses lèvres sa coupe de champagne, sans cesser de s'imprégner de cette moue enragée qui tire les traits de son frère.

Son regard lime vogue en des aller-retour de son frère à sa sœur. Elle est, comme toujours, bêtement ignorante de cette tension qui régnait dans sa fratrie, avide de déguster les plats et de souligner au monde sa nouvelle condition d'adulte officielle. Une imbécile heureuse des plus attachantes.

Eux qui partageaient la même chevelure rousse et le même regard argenté n'étaient plus depuis longtemps sur la même longueur d'onde. Eux que l'on appelait les faux-jumeaux Edwards. Eux qui sont unis depuis la nuit des temps. Il observe avec délice la destruction de ce fil rouge qui les liait jusqu'alors. L'un avait gagné où l'autre avait tout perdu, mais c'était un équilibre nécessaire à toute chose. Ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Ah... Comme cette expression n'a jamais été aussi vraie qu'aujourd'hui même. Comme si elle avait été écrite pour ce jour précis. Comme si les Cieux lui confirmaient qu'il avait fait bons choix, qu'ils le confortaient dans sa route, qu'ils lui affirmaient qu'il avait pris la bonne voie.

Dis-moi, mon cher frère, de quoi es-tu le plus jaloux ?

De ma réussite en dépit de ma condition de faible ?

De l'attention de père que j'ai finalement obtenu ?

De l'attention de notre sœur que je t'ai volée ?

Du fait que l'on célèbre mes fiançailles plus que le jour de ta naissance ?

Du fait que rien de ce que tu pourras me dire n'aura d'impact sur moi maintenant ?

Dis-moi, mon cher frère, cela doit être bien agréable d'être en bas de la chaîne alimentaire.

Pas vrai ?


Pâques 2009 – Kobe, Japon.

Quand on y pense, la vie n'est peut-être qu'un éternel recommencement, une éternelle montagne russe. D'un jour à l'autre, un Homme peut passer de demi-dieu à immonde larve et d'immonde larve à demi-dieu. Il peut tout gagner et tout perdre sur si peu de temps. Ce qu’il se passe là, ce qui lui arrive là, il le comprend. Il le comprend tellement que cela lui fait mal. Cette claque qui vient lui retourner jusqu'aux entrailles. Cette claque avec laquelle résonne le doux bruit de la défaite. Cette claque qui, plus la situation en elle-même, vient lui arracher un léger sanglot.

L'annonce avait été faite il y a encore peu de temps. Cette fois-là encore, il passait ses vacances en France, trop occupé à être dans la tête du classement scolaire pour prendre du bon temps avec sa famille. Il avait reçu l'appel deux jours plutôt de sa sœur le prévenant d'un voyage imminent vers le Japon.

Ils n'avaient pourtant ni lien ni connaissance dans ce pays, excepté... Excepté une certaine personne. Si elle avait pris son absence de réponse pour le choc de cette annonce, c'était en réalité ce qu'impliquait tout ce qui suivra leur voyage qui l'avait bloqué. C'était l'évidence même : il était dans la merde, et au pire moment possible. Ayant fait route séparée, il retrouve les autres membres de sa famille à l'heure même du rendez-vous, devant une bâtisse typiquement japonaise.

Pas même une accolade ou une poignée de main pour ce fils qu'il ne revoit qu'après presque quatre mois, son père passe devant lui, hoche la tête, et pénètre dans la maison. Seule sa sœur vient lui adresser quelques tendresses en mélangeant ses cheveux bruns de sa fine main.

Dans ce lieu où tout le monde pleure, dans ce lieu où le chagrin fait place, dans ce lieu où l'on dit adieu à ceux que l'on a jadis connu, il est une personne dont les larmes solennelles cachent le plus affreux des rictus. Un rictus qu'une fois de plus, il est le seul à percevoir. Il n'aura jamais su pourquoi il était l'unique personne en ce monde à pouvoir décrypter ainsi les sentiments profonds de son aîné.

Peut-être est-ce parce qu'il a passé la plus grande partie de son enfance à le regarder et à l'admirer ?

Là où tous ont les nez rivés vers le sol et les dos courbés, il est deux adultes droits et dignes qui se fixent et se jugent. Dans ce lieu où les sanglots sont des sanglots de tristesse, il est deux adultes dont les larmes ont une toute autre signification. Les larmes de joie d'une victoire volée pour l'un. Les larmes de rages d'années de travail réduites en morceaux pour l'autre.

Aujourd'hui, c'est un adieu que l'on fait. Deux parents disparus dans un accident de voiture dont l'héritière est la seule survivante. Son absence lors des obsèques cependant ne semble déranger quiconque ici. Des gens qu'ils n'ont connus que pour une raison : le mariage qui devait unir leurs sociétés et leurs familles. Mais sans eux, plus de mariages, plus d'union, plus de gain, plus d'avantage.

Plus rien.

Resté en retrait à la sortie de la veillée funèbre, la scène qui se joue sous ses yeux lui rappelle des souvenirs qu'il pensait avoir enterré à tout jamais. Cette scène de sa famille s'avançant sans lui, et cette main qui vient se poser sur l'épaule du garçon à la chevelure rousse et au regard argenté. Cette scène qui lui avoue sans ménagement que tout était à refaire, depuis le commencement.

« Les fiançailles n'ont pas été annulées. Il y a toujours une probabilité pour que la fille reprenne les rennes de l'entreprise. Tu resteras donc sous ce contrat pour le moment. »

Ce sont les seuls mots que son géniteur a prononcé au sein de la voiture. C'était à lui et à lui seul qu'il avait parlé. Il essaye d'étudier et d'enregistrer tout ce qu'implique ce fait. Le contrat maintenu signifie qu'il lui prévoit toujours une utilité sur le long terme. Mais cela signifie aussi que si le mariage n'a pas lieu dans un temps qui lui est officieusement imparti, il retournera aussitôt... tout en bas de la chaîne alimentaire.

Les deux hommes de la fratrie ont tous les deux parfaitement compris ce fait. S'il ne trouve pas assez vite une nouvelle manière de prouver sa valeur, il aura perdu à tout jamais sa place dans la famille Edwards. C'était une guerre pour la réussite de leur volonté mutuelle qu'ils allaient mener à partir de maintenant. Une guerre où il ne pourra y avoir qu'un seul vainqueur. Car après tout....

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Pas vrai ? Mon cher frère ?


Noël 2013 – Manhattan, Etats-Unis.

On y est presque. Il y est presque. Dans quelques jours bientôt, lui aussi atteindra cet âge fabuleux qui l'on nomme « majorité ». Tout mature et adulte en avance qu'il est, cette idée que lui aussi rejoindrait bientôt ses aînés de l'autre côté du miroir le mettait dans une excitation qu'il ne comprenait même pas.

Il n'espère pas une fête en grande pompe comme pour son aîné, ni le luxurieux restaurant qu'ils se sont offert il y a six ans de ça, d'autant plus que les festivités de Noël ont toujours plus ou moins bloqué ce genre de possibilité. Mais rien que de savoir que sa sœur sera là, avec lui, pour assister à son passage à l'âge majeur suffit amplement à le contenter.

Perdu dans le quartier huppé de Manhattan, il se hâte pour ses derniers achats de Noël. S'il avait déjà bien avancé le travail entre deux cours magistraux, il n'a pas eu le temps plus que ça de se pencher sur ce qu'il allait offrir à sa tante restée à l'autre bout du monde -sachant très bien qu'il ne la reverrait sûrement jamais- ni sur celui de sa sœur. Les années précédentes, il avait la justification d'être trop prit par ses études pour pouvoir esquiver ce sujet...

Mais Dieu qu'il est compliqué de trouver un présent pour une femme. Il comprend peut-être tout sur tout, mais la femme restera à jamais pour lui la pire des énigmes. Il ne veut pas se laisser aller à la facilité et tomber sur un bête parfum, un bijou sans valeur. Il veut les remercier, ces deux femmes compliquées qui ont tant participé à sa vie. Les remercier et montrer l'adulte qu'il est devenu grâce à leurs présences.

« Il n'y a rien de mieux qu'un cadeau personnalisé pour faire plaisir à ses proches ! »

Oh. Et pourquoi pas ? D'une publicité accrocheuse qui répète en boucle cette seule et unique phrase, il s'en retrouve chez un horloger devant une collection non-négligeable de montre de gousset. Elle avait toujours été une grande passionnée l'histoire de l'Angleterre et de leurs modes anciennes, et toujours une grande retardataire aussi. Mais plus que l'objet en lui-même, c'était la possibilité d'y graver l'inscription de son choix qui l'avait tant séduit. Rien de mieux qu'un cadeau personnalisé, après tout.

En toute innocence, il se permet de savourer ce temps de calme dans sa vie. Un temps de fête, de joie, de paix, de famille. Un temps loin de ses cahiers et de la pression de devoir réussir. Un temps dont il n'avait même pas eu conscience jusque-là, mais qui vient le frapper soudainement.

Qui vient le frapper...

Pourquoi la réalisation de pouvoir enfin se laisser aller à une courte sérénité lui faisait si mal, physiquement ? Pourquoi cette douleur se révèle de plus en plus puissante, de plus en plus prenante, de plus en plus entêtante ?

Et d'où vient donc cet écho qui explose en boucle dans ses tympans ? Et ces cris autour de lui ? Et ces débris dans lesquels il repose ? Et cette sensation désagréable qui paralyse jusqu'au bout de ses doigts ? Et ces lignes rouges qui s'écoulent des gravats ? Et ces lumières bleues qui dansent et ondulent dans le reflet de ses yeux ? Et ce voile noir qui vient recouvrir son regard ?

« Papa ! Papa il se réveille ! »

Et cette lumière blanche qui lui fait plisser les paupières ?

Son esprit s'éveille lourdement, difficilement. Il voit autour de lui des tornades de blouses blanches faire des allers et retour. Elles tournent et se mêlent encore floues aux murs et aux sols. La lumière, les gens, la pièce, tout est éclatant de pureté. Et dans cet univers entièrement blanc, la lueur d'espoir écarlate de son aînée s'agite. Le monde met encore un temps avant que les lignes courbes ne deviennent droites et que les objets ne reprennent leur solidité originelle.

« L'hôpital. On est à l'hôpital. T'inquiètes pas, Papa et son équipe s'occupent de tout. »

Qu'ils s'occupent alors. De quoi ? Il le devine... Vaguement. S'il y a encore à peine quelques minutes, il finalisait ses achats de Noël, le « 24 décembre » qu'affiche l'horloge numérique pendue face à son lit lui précise que ces fameuses quelques minutes ont peut-être été plus longues qu'il ne pourrait le croire.

« Tu as perdu beaucoup de sang. On a eu du mal à te trouver un donneur, monsieur Groupe-sanguin-le-plus-rare. Dire que nous, avec le bon rhésus, on aurait été donneur universel. Bon, pas sûr que les deux autres têtus se seraient bousculés à ta porte... Mais moi je suis toujours là hein. Qu'est-ce que tu ferais sans moi ? »

Son visage rigole, mais son regard argenté brille d'une inquiétude qu'il ne lui avait jamais connue. Sans jamais ne pouvoir prononcer le moindre mot, il voit le sourire de sa sœur fondre et se noyer sous d'épaisses larmes. Cette espèce d'imbécile heureuse était donc capable de se laisser submerger après la panique ?

Pardon de t'avoir inquiété.

C'est ce qu'exprime cette main qu'il vient poser sur la tête de la jeune femme. Plus que les mots, plus que les longs discours et les longues paroles, sûrement que ce simple geste suffit à faire passer le message.

Les jours suivants s'enchaînent à son chevet la chevelure rousse de sa sœur, puis celle de son frère, celle de son géniteur, et même celle plus brune de cette tante qu'il pensait ne jamais revoir. Pas l'anniversaire dont il rêvé, pas les fêtes de Noël qu'il attendait tant, mais il trouve dans son lit d'hôpital quelques positivités malgré tout. Certains mêmes de ses amis de l'université ont fait la route pour venir lui porter une corbeille de fruits et les nouvelles.

Tout ce petit monde venu pour le plaindre, plaindre son ouïe endormie, plaindre son bras percé de tiges de métal, plaindre son état à la limite du pathétique, bien qu'il tentait encore de faire bonne figure devant ses visiteurs. Cette pitoyable attention qu'il n'a jamais demandée et que, à choisir, il n'aurait jamais voulu.

« Une altercation entre deux dotés. Il paraît que l'un d'eux était cette criminelle dont on parle beaucoup en ce moment, mais elle aurait réussi à s'enfuir avec l'explosion. »

« Pas mal de morts, ils disent à la télé. Je me demande comment le gouvernement va réagir à tout ça, c'est de plus en plus fréquent ce genre d'accident. »

« T'as eu de la chance de t'en sortir au milieu de tout ce bordel quand même. »

Oui, une sacrée chance.

Pas vrai ?


Été 2016 – San Fransisco, Etats-Unis.

Rideau et fin.

Après vingt longues années dans le système scolaire, voilà qu'il y sortait de ce bâtiment une ultime fois. S'il se permettait un élan émotionnel, il pourrait même dire qu'il se sent triste. Quitter pour toujours les bancs de l'école, diplôme en main et un avenir incertain comme seul guide et but.

Mmh. Incertain n'était peut-être pas tout à fait le terme. Sûrement qu'il n'y avait personne en ce monde avec un avenir plus écrit que le sien, bien que l'écriture fut des plus difficiles et tortueuses au fil de ces dernières années. Mais ce chapitre de sa vie est maintenant terminé et une page se tourne pour laisser place au nouvel acte. Ses aînés attendaient, avec une impatience peu masquée d'un côté et un dégoût prononcé de l'autre, l'arrivé du dernier enfant Edwards au sein de l'hôpital.

Si l'une avait déjà atteint le haut du sommeil en prenant place à côté du Directeur en tant que Vice-Directrice, l'autre avait cette année prit place à la tête du Conseil. Une opération calculée méticuleusement pour ne lui laisser aucune marge de manœuvre, mais comme si une si piètre action allait suffire à le mettre dans l'embarras.

« Monsieur Edwards ? »

Un sourcil se lève en réponse à cet étrange appel. Il voit s'approcher de lui un comité d'accueil qu'il n'attendait pas. Un homme en élégant costume s'extirpe de la berline noire garée à ses côtés et vient à sa rencontre. Quelqu'un envoyé par son père pour l'accompagner jusqu'à l'avion qui le ramènera à la maison peut-être ? Il tend vers lui une main amicale

« Agent Cool, j'aurais à vous parler. M'accorderiez-vous quelques minutes de votre temps ? »

Il répond à la poignée de main, et seulement à la poignée de main. L'air qu'il affiche à cet instant suffit à faire enchaîner le... Policier ? Membre du F.B.I ? Mafieux des temps modernes ? Rien qui, bizarrement, n'arrivait à le rassurer.

« Montez dans la voiture, je vous expliquerai. »

Bien sûr. Un inconnu sortit de nul part, à l'allure plus que suspicieuse, qui ne se contente que d'une présentation vague, sans plus de précision sur sa venue ou ses motivations. Merci, mais non merci. Il ne s'attarde pas à le saluer et tourne les talons.

« Et si je vous disais que l'on a besoin de vous pour gérer les mêmes personnes qui ont fait ça à votre corps. »

N'usant que d'une périphrase très subtile et d'un ton ampli de pitié, il ne lui en faut pas plus pour se stopper et reporter sa curiosité sur l'homme. Homme qui semble savoir des choses sur lui, son passé, ses ambitions. Il le juge un instant. Le dénommé Cool comprend alors qu'il a réussi à happer son attention et, dans un sourire courtois, ouvre la portière arrière de la voiture. S'il hésite encore un rien, il se retrouve bien vite dans le véhicule.

Il s'installe sur la banquette, l'agent monte à l'avant. Il ordonne au chauffeur de faire un petit tour dans la ville. C'est à ce moment alors qu'il en profite, non sans le tenir en halène tout du long, pour expliquer les raisons de sa venue jusqu'à San Fransisco. Il semblait ainsi qu'il soit l'heureux vainqueur d'un voyage d'un an autour du monde.

Une sacrée chance.

Pas vrai ?


Octobre 2017 – Laurel City University Medical Center, Etats-Unis.

« Je ne vois même pas pourquoi ce gamin aurait un avis ! »

On peut sentir la tension. Elle est palpable, s'élève et oppresse chacun des onze corps présents dans la pièce. Au centre de l'agitation, un homme à l'allure pesante, habillé d'une barbe massive et d'un crâne dégarni. Face à lui, une soixantenaire blanchissante tirée à quatre épingles.

« Il a déjà fait ses preuves avec le cas Ambers, ce n'est pas parce qu'il est... »

« Juste un autre fils Edwards qui s'est fait pistonner jusque-là oui ! Allez bien vous faire foutre ! »

Sans autre forme de procès, l'homme quitte la salle, n'omettant pas de claquer la porte d'un mouvement rageur. Un soupir las unit les dix restants, comme s'ils étaient depuis longtemps habitués à tout ça.

« Ne lui en veux pas jeune Edwards, il a toujours été très... Expressif. »

Lui en vouloir ? Pourquoi lui en voudrait-il ? Ce n'est pas comme s'il pouvait savoir ce qu'il se tramait réellement au sein de la famille. Bien que du haut de son siège de Directeur, son géniteur avait un regard certain sur la composition des membres du Conseil, comme s'il pouvait ne serait-ce que penser un jour y mettre quelqu'un qui ne l'aurait pas hardiment mérité.

Surtout un fils aussi inutile que lui.

Non, s'il était là aujourd'hui, autour de cette table, assit à cette place, c'est bien parce qu'il a depuis longtemps prouver que personne d'autre que lui pourrait remplacer le vieux Ivanov. Tout inutile qu'il est, tout handicapé qu'il peut être, rien ne pourra jamais plus mettre en doute sa parole et la raison de sa présence dans ce groupe. Plus depuis le problème impliquant les Ambers, effectivement, où il avait brillé plus que jamais.

Triste chose que ce soit lui, l'origine de ce fameux problème. Mais ça, personne en ce monde ne le saura jamais. Disons juste que plutôt d'attendre, il a préféré créer lui-même l'occasion de montrer sa valeur. Une action d'une rare efficacité, car il a maintenant dans sa poche la quasi-totalité des membres du Conseil, si l'on hôte à la liste l'homme ayant fait son coup d'éclat tantôt, et bien sûr, son cher et tendre aîné siégeant à leur tête. Mais n'étant pas dans un système dictatorial, c'est à la majorité que l'on se plie, pas au Président.

Alors, qui a gagné cette fois, mon cher frère ?

De cette guerre sans merci, il avait cette fois remporté la bataille. Et plus la guerre durera, plus il remportera de batailles, car il joue maintenant dans la cours des grands lui aussi. Mais tout éloquent qu'il peut être, son frère ne pourra jamais égaler son intelligence et sa fourberie. À l'usure alors, il grattera encore et encore chaque parcelle de territoire que son aîné pensait avoir en son contrôle.

Sans grande surprise, la réunion se termine sur l'acceptation des différentes propositions qu'il a émises, et l'absence du onzième membre n'aura pas empêché la bonne continuité des choses. On s'apprête à clore la séance lorsque dans sa poche, le vibrement de son portable le force à s'excuser auprès de ses pairs et à migrer dans le couloir pour prendre l'appel. Un numéro masqué semble-t-il, mais dont, au vu de l'heure, il devine très bien la provenance.

« Hey, c'est moi. »

Bien sûr que c'est toi.

« Rien a signalé de notre côté. Par contre, il paraît que ton poulain aurait reçu un travail de la part d'un mystérieux commanditaire. Une mise à exécution de menace, jusque-là, rien de bien original. Mais par contre, le client ressemblerait salement au gars de la photo. Qu'est-ce qu'on f... »

Clic.

La porte de la salle de réunion s'ouvre sur la sortie des membres du Conseil. Bien qu'il ait déjà mis court à l'appel, par simple prévention, il mime des remerciements, souhaite une bonne journée à son interlocuteur et range son portable dans sa poche en raccrochant. Il sourit et s'excuse encore à ses congénères, s'attirant les railleries de ces derniers sur son ton bien trop solennel. Mais il n'y a pas une personne dans cet amas de gens ayant remarqué ce rire forcé et cette étincelle rancunière qui fait vivre son regard.

Sa main toujours dans sa poche, il s'active d'envoyer à son fidèle agent de terrain les directives concernant le fameux commanditaire. « Un contre-temps. Dis lui de faire durer avant de refuser le travail, il nous faut de la marge pour pouvoir agir. Renseigne-toi sur la cible si possible et les exécutants qu'il pourrait contacter par la suite. ». Quel talent inutile de savoir écrire des messages aussi discrètement.

Extrêmement inutile.

Pas vrai ? Papa ?






Dernière édition par Ulrich K. Edwards le Sam 17 Mar - 21:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Jeu 1 Mar - 23:20

Histoire
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So sad we had to fade it.


Août 2018 – Quelque part dans l’État du Michigan, Etats-Unis.

Crac.

Dans cet endroit jusque-là ampli d'un calme olympien, un cri annotant de milles souffrances résonne. La cave d'une maison abandonnée en bord de lac, y avait-il un meilleur endroit pour s'atteler à la dure tâche de désossement d'un être humain ? Il sirote, tranquille, une flasque argentée, profitant du temps doucereux et de la beauté des paysages extérieurs. Même les hurlements venant d'en bas n'arrivent à le tirer de sa rêverie.

Oh. Mais cela fait bien un moment qu'il n'a pas entendu cette douce mélodie monter jusqu'à lui. Son fidèle toutou ferait-il une petite pause ? Volant une dernière lampée à sa flasque, il se décide de pénétrer dans la bâtisse et d'aller rejoindre son camarade au sous-sol.

En voyant la scène, il confirme que son partenaire s'est laissé aller à un court arrêt. Tout, de sa chevelure sombre à sa ribambelle d'outils est peint de la même couleur écarlate qui habille son regard. Malgré sa carrure monstrueuse, il semble un rien pantelant. Il faut dire qu'il attendait depuis longtemps ce moment, sûrement s'est-il excité un rien d'avoir enfin son jouet sous la main. Ledit jouet qui, vomissant du sang et des larmes, est déjà privé d'un œil et de quelques orteils.

Tout en maintenant une certaine distance, indisposé par la forte odeur d'urine, d'hémoglobine et d'alcool, il s'approche de la femme retenue par une large chaîne de métal. Il pointe du pouce le tortionnaire qui reprend son calme un peu plus loin.

« Tu sais, tu as beau courir vite, une fois qu'il s'est mis en tête d'attraper sa proie, même moi j'ai du mal à le retenir. »

Elle semble même pas avoir remarqué sa présence, se contentant juste de fixer sans même le voir le sol teinté de sang. Peut-être en a-t-il profiter pour lui crever quelques tympans. Il s'agenouille de manière à entrer dans son champ de vision pour le moins quelque peu restraint maintenant et capte son attention.

« En fait, je mentirai si je te disais qu'on a eu des difficultés pour te mettre la main dessus. Mais il faut le voir comme un gros chat, il aime s'amuser avec sa pauvre souris avant de la manger. »

« Faites moi ce que vous voulez, je dirais rien. »

Elle crache un filet de sang à ses pieds. Une chance qu'elle n'est pas tentée de le viser, elle en aurait sûrement perdu la langue. D'un coup, il prend pitié d'elle. La pauvre n'avait même pas idée de pourquoi elle subissait tout ça.

« Ne te méprens pas, tu n'as aucune information en ta possession que je n'ai pas déjà. »

L'œil choqué et incompréhensif qu'elle lève en sa direction se pose non pas sur lui, mais sur une photo qu'il a déjà sortie de sa poche et planté devant elle. Sur l'image, tout le poids de son crime et de sa culpabilité vient l'écraser. Sur l'image, une jeune femme à la chevelure rousse et au regard argenté sourit. Sur l’image, une jeune femme… Assise sur une chaise roulante dans laquelle elle semble vouée à rester visée pour le restant de ses jours.

« Tu te souviens d'elle, pas vrai ? »

A ce moment, il le ressent. Cette sensation toute particulière de la personne qui a abandonné toute idée de se battre et de vivre. Cette sensation qu'il a souvent croisée à l'hôpital. Cette petite étincelle qui nous quitte quand on sait que l'on a plus d'autre choix que de se laisser aller à la mort. Elle l'a compris. C'est le karma, le destin, la punition divine. Elle le sait, qu'elle ne sortira pas d'ici. Elle se résigne. Ce n'est pas un interrgatoire, c'est une vengeance. Si l'un a tantôt brisé son corps, l'autre a, en cet instant, brisé son esprit.

Il en est satisfait.

« Bien. Je suis donc ici pour te faire subir ce que tu lui as fait. En pire. »

Il s'approche alors de son visage, et vient chuchotter délicatement à son oreille.

« En bien pire. »

Crac.

Dans un rugissement déchirant l'air et le ciel, son chien de garde revenu à l'attaque décide cette fois de mettre à mal un plus gros morceau du corps de la femme. Comme s'il pliait une brindille, il prend sa fine jambe entre ses larges mains qu'il brise en deux sans la moindre difficulté. Les Kherrr étaient décidemment des rustres sans aucune délicatesse. Peu friant de ce genre de spectacle, il redirige ses pas vers l'escalier et s'autorise un léger adieu à cette pauvre criminelle qui aura pactisé avec le mauvais des frères Edwards.

« Ne m'en veux pas hein, c'est le métier qui veut ça. C'est pour ça qu'on me paye après tout. »

Il quitte les lieux et s'en retourne profiter de la vue et du bon temps. Il ne faut pas plus d'une demi heure à son camarade pour finalement le rejoindre, décrassé de tout son sang et sa sueur.

« On a été payé pour ce job ? »

Il sourit. Il a toujours été inutilement perspicace, lui et son flair infaillible. Outre le fait que les clients généralement viennent voir lui, l'excécutant, lui donne la cible à lui, le paye lui, il est de notoriété maintenant connu que Caïn ne se déplace que très rarement pour un travail. Et encore moins pour un travail de cet acabit. Il sort de l'intérieur de son manteau une enveloppe claire dont dépasse une liasse de billet qu'il lui tend.

« Ta part, Abel. »

On n'a bien entendu pas à savoir que c'est lui, le client qui a réclamé vengeance.

Pas vrai ?


Septembre 2018 – Hôtel Eden, Etats-Unis.

Pilip. Pililip. Pililip.

Clic.

« Hey petit frère ! Alors comme ça, on vient plus voir sa pauvre sœur complétement alitée ! […] Enchaisée, je devrais dire plutôt. Ce mot est extrêmement moche tient. Hey ! Sean t'a dit ou pas ? Je suis retournée à l'hôpital aujourd'hui ! Enfin hein ! Pas l'hôpital pour moi hein, je suis retournée travailler quoi. […] En fait si, j'y suis aussi retournée pour moi, pour des analyses et tout, je vais sûrement y rester la nuit, ça va être tout nul encore... »

« Katrine, tu parles trop bon sang ! »

« T'as fini de te plaindre, sale gosse ? Pourquoi je t'ai pas vu ces dernières semaines, d'abord ? »

« J'étais en voyage à Détroit, je t'en parlais encore le mois dernier »

« [...] Sûrement...? »

« T'as oublié hein... »

« Yup ! Tu parles beaucoup trop pour rien dire en ce moment, t'es tellement chiant. »

« Ah tiens. Enfin un point sur lequel on se rejoint... »

« Tu veux que je te frappe ?! »

« Frapper un infirme, tu n'as pas honte ? »

« [...] 'culé. »

« Je sais. Mais ne t'inquiète pas, je passerai te tenir compagnie plus tard dans l'après-midi, j'ai rendez-vous avec une vieille amie là. »

« Oh oh oh ! Une vieille « amie » ? Dis tout à ta grande sœur d'amour. »

« Calme toi va, elle est déjà maquée. »

« Tu sais, un homme sage a dit un jour : « C'est pas parce qu'il y a un goa... » »

« Je ! T'interdis ! De prononcer cette phrase à voix haute ! Katrine, par pitié, essaye de faire un peu honneur à ton n... »

« Ah ! L'infirmière revient. J'ai pas le droit au téléphone apparemment dans la chambre, je te laisse ! »

Clic.

Bip. Bip. Bip.

Mais quelle furie... Elle semble encore plus excitée et intenable depuis qu'elle a perdu l'utilité de ses jambes. Il est soudainement vidé de son énergie. Il a déjà bien assez d'une furie, pas l'envie de se manger la seconde avec qui il avait rendez-vous d'ici peu. Jetant un regard à sa montre, il confirme qu'il doit la rencontrer d'ici vraiment très peu. Il aurait peut-être même deux minutes de retard. Espérons qu'elle ne lui en tiendra pas rigueur.

Remettant sa capuche et son masque en place, il s'extirpe de la ruelle où il patientait jusque là et s'avance calmement vers sa destination. En quelques pâtés de maisons, il finit par pénétrer dans l'un -si pas le seul- des hôtels les plus luxurieux de la ville. Avec sa dégaine qui n'était certes pas des plus élégante, on aurait facilement pu croire qu'il se ferait recaler à l'entrée. Cependant, en plus d'avoir pour politique d'accepter en ces lieux quiconque aurait les moyens de se payer leurs services, il n'a bien sûr pas autorisation de pénétrer par la grande porte. En tant qu'homme à la capuche rouge, entendons-nous.

Certaines mauvaises langues pourraient dire qu'à venir aussi souvent rencontrer la patronne, il n'est nul doute qu'il partage sa couche -ou bien le souhaiterait-il- mais la demoiselle ouvrait déjà les cuisses pour un autre étalon. Depuis plus d'un an qu'il travaille avec, il en avait vu passer, certains de ses mâles. Semblerait-il qu'elle se soit attachée plus que de raison à son nouveau partenaire. Mais bien entendu, tout ça ne le regarde pas, n'est-ce pas ?

Grand pratiquant déjà de ce chemin, il se dirige sans même y penser jusque dans la pièce où ils se rencontrent usuellement. Elle est déjà là, sensuelle et distinguée, patientant derrière son bureau. S'il ne la connaissait pas, il pourrait presque croire qu'elle est un rien en colère, mais probablement une fausse impression. Il s'installe sagement face à elle en ignorant ce pesant regard célèste qu'elle pose sur lui.

« Arrête de me regarder comme ça, j'en viendrais presque à croire que tu en veux à mon corps. »

« Ca risquerait, mais pas de la manière qui vous plairait, je pense. »

« Tu sous-estimes grandement les choses capables de me plaire, ma chère. »

Il s'en amuse. Il a toujours beaucoup aimé la répartie et la violence dont elle peut parfois faire preuve. Après tout, on ne monte pas dans les hautes sphères de la société en étant une faible et frêle femme. Sans jamais dépasser la limite qui pourrait atteindre à sa vie, il prend un malin plaisir lors de ces vaines taquineries d'adolescents.

« Mais trêve de flirt plat. Un petit cadeau, en remerciement pour la dernière fois. »

Délicatement, il pose une pochette brune sur le bureau et la fait glisser jusqu'à son interlocutrice. Sans même relever sa petite pique, elle se saisit du contenant et en sort une photo d'un homme. Il ne lui laisse pas le temps de l'interroger. 

« Un de tes réguliers ici. Un gars normal en apparence, mais il semble qu'il pactise avec la mafia russe. Trafique d'armes, d'enfants, d'organes, de drogues, de putes, il baigne dans un peu tout. »

Un homme, en toute somme, de très bonne compagnie.

« Aucune idée d'à quel point il a des vues sur toi ou sur l'Eden, je te laisserai juger par toi-même. »

Il ne lui en dira bien sûr pas plus. Il ne fait que rembourser une dette qu'il a contracté avec elle. Si jamais elle décide qu'elle veut en savoir plus, il faudra cette fois sortir une monnaie d'échange. Même s'il l'apprécie, n'oublions pas que l'échange d'informations constitue une majeure partie de son gagne-pain. Ça et le trafique d'armes, d'enfants, d'organes, de drogues, de putes...

Ça l'arrangerait bien si elle s'occupait elle-même de faire disparaître ce concurrant un rien dérangeant.

Pendant encore un court moment, ils discutent de tout et de rien, mais surtout de travail et de plan cul. Bien qu'il ne se serait pas privé de rester encore un peu siroter un thé avec elle, il a bien d'autres affaires qui requièrent son attention, et sûrement est-ce son cas à elle aussi. Sans trop parlementer, ils se décident sur la date de leur prochain rendez-vous.

A parier, de toute manière, qu'ils se recroiseront à au vernissage de ce samedi. Depuis qu'il a fait la découverte l'été dernier d'une petite artiste méconnue, il prend grand plaisir à se rendre dans ce genre d'événement. Le voilà prêt à partir, mais à peine a-t-il ouvert la porte qu'il semble se souvenir de quelque chose. Sans même prendre la peine de se retourner vers elle, il l'apostrophe un rien.

« Ah oui. Tu surveilleras tes arrières, il paraîtrait que quelqu'un en voudrait à la vie de ton favori. »

Il lève une main pour la saluer et quitte le bureau sans traîner plus. Un petit bonus qui, a n'en pas douter, tournera en sa faveur en temps voulu. Quel gentleman il fait, dites moi. Plus qu'être redevable, il aime lorsqu'on lui doit quelque chose. Il y a peu à parier qu'elle fera, en temps voulu, le lien avec cette vague information, mais sait-on jamais.

Il ne faudra pas non plus oublier d'envoyer le contrat à Black Shuck, s'il voulait avoir l'effet désiré.

Pas vrai ?


Juillet 2017

-Enregistrement classé confidentiel-

« Je peux pas te suivre la dessus... Mon emploi est en jeu, tout comme le tien. »

« Je te parle pas de nos emplois, je te parle du monde. »

« ... C'est de la folie. »

« La folie, c'est ce qu'il se passe dehors ! Tu le vois bien, toi aussi, comme ces... Ces... Immondices pourrissent nos vies ! »

« Ce sont des êtres humains ! »

« Ce sont des monstres ! »

« Ils ont une vie et des familles ! Qui es-tu pour te juger bourreau de leur seul crime d'être né ainsi ?! »

« Une victime, Red ! Tout comme toi ! Et comme de nombreux autres ! Mais personne ici à part moi ne peut les contrer ! Je suis le seul... »

« ... »

« Je n'ai pas besoin de toi sur ce projet... Je n'ai besoin de personne... Vous vous prenez pour des garants de la paix et de la sécurité, mais vous n'êtes tous que des pleutres... »

« Tu ne peux... Rien de bien ne sortira de tout ça. Et tu le sais. Arrête tant que tu le peux encore. »

« Ha. Ha ha. Mais il est déjà bien trop tard pour arrêter voyons. C'est même maintenant que le spectacle commence, mon ami. »

« Mais ça n'a aucun s... Qu'est-ce que tu as fait ? »

« Ce qu'il fallait. »

« N ! Qu'est-ce que tu as fait ?! »

« Il y en a d'autres, en dehors de ses murs. Pleins d'autres Red. Des gens qui pensent comme moi. Même à l'intérieur de cette école de barbares. Des hauts placés. Il testera les prototypes à ma place, et je me fiche bien de ce qu'il peut arriver à ses élèves. Ça nous débarrassera. »

« DES ENFANTS N ! »

« Sûrement que Carnage aussi était un enfant avant. »

« Espèce de malade... »

-Fin de l'enregistrement-


-Rapport de l'agent No-

L'agent N aurait, selon ses propres dires, partagé avec un ou plusieurs membres de la H.S. les prototypes stables du projet « **** ** ****** ». Une enquête sur le terrain mène les soupçons sur R.D. Nous attendons encore confirmation de l'agent ** ******. L'extrémisme et la fragilité mentale de l'agent N concernant les humains de type dotés restent cependant des faits avérés.

Demande autorisation d'agir.

[…]

Autorisation accordée.





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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Mar 6 Mar - 8:44

    *vomit du sang ici aussi*

    Voilà, le petit est enfin terminé.

    Bon courage pour passer la dessus, vous allez en avoir besoin .w. On se retrouve pour les corrections, parce qu'on sait tous qu'il passera pas la frontière l'enculé.
    (mais prenez en compte le fait qu'il est sexy s'il vous plait)

    Allez salut.
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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Sam 17 Mar - 20:24

Mon poussin,

C'est une très jolie fiche que tu nous à donné à lire, et ma fois très intéressante. Néanmoins, il y a quelques points sur lesquels nous voudrions revenir.

Pour commencer nous voudrions faire un petit rappel des mentalités à cette époque pour que tu puisse juger par toi même si certains points nécessitent correction ou non.

Premièrement en 1994 le narrateur dit « envahi par ces immondices d’humains mutants » mais l'existence des Alter-humains n'est pas encore chose commune dans la société. De plus, en 2001 il rajoute une réplique du genre, alors que le monde à cette époque est plutôt pro-altéré.

Sinon, il y'a quelques petites corrections à faire. L'histoire avec la S.A.D n'est pas claire et il faudrait le clarifier. En lien avec cet événement il me semble qu'il est noté qu'Ulrich travaille à hôpital durant cette époque alors que ce n'est pas possible car l'emploi du temps de la S.A.D ne rende pas cela possible.

Par contre, la technologie anti-altéré est réservée à la S.A.D car elle en est l'origine de sa conception, il faudrait donc que tu supprimes cette partie dans ton histoire.

De plus le nom de ton organisation tends à faire des quiprocos, donc, il va te falloir le changer également.

Bisous plumeux.

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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Sam 17 Mar - 20:41

'sup vieille branche,

Citation :
Premièrement en 1994 le narrateur dit « envahi par ces immondices d’humains mutants » mais l'existence des Alter-humains n'est pas encore chose commune dans la société. De plus, en 2001 il rajoute une réplique du genre, alors que le monde à cette époque est plutôt pro-altéré.

Comme je pensais que les dotés avaient pop de manière plus ou moins legit dans les années 50, je me suis dit que 5 ans avant l'invasion Klong, il n'y aurait pas trop de paradoxe temporel à ce niveau là. Et tout comme le racisme, c'était un truc cool il y a plein de temps, que c'est plus trop bien vu aujourd'hui, mais que ça existe encore, faut voir la famille Edwards comme une famille de vieux tontons racistes. Ils enculent bien les pro-altérés.

Citation :
Sinon, il y'a quelques petites corrections à faire. L'histoire avec la S.A.D n'est pas claire et il faudrait le clarifier. En lien avec cet événement il me semble qu'il est noté qu'Ulrich travaille à hôpital durant cette époque alors que ce n'est pas possible car l'emploi du temps de la S.A.D ne rende pas cela possible.

Il n'a été dit nul part qu'Ulrich bossait à l'hôpital et au SAD en même temps. Il y a d'ailleurs une ellipse temporelle entre 2016 et 2017, où il est "parti en voyage autour du monde", excuse pour justifier qu'il n'était pas auprès de sa famille pendant cette année, mais bien au SAD.

Et pour la clarté, bah y a trop rien à dire dessus en fait. Il a été au SAD, il a voulu faire des conneries, ils l'ont viré, comme le laisse comprendre le dernier dialogue. Rien de plus.

Citation :
Par contre, la technologie anti-altéré est réservée à la S.A.D car elle en est l'origine de sa conception, il faudrait donc que tu supprimes cette partie dans ton histoire.

J'avais voulu faire en sorte qu'Ulrich, via son flouz, son intelligence et d'autres trucs, aurait lui-même crée une sorte de technologie anti-dotée (d'autant plus qu'il avait bossé dessus quand il était dans le SAD, donc même sans ses souvenirs, il en a toujours les capacités), mais si ça passe pas, j'vais juste changer son arme en un gros AK-47. C'bien efficace aussi ça.

Citation :
De plus le nom de ton organisation tends à faire des quiproquos, donc, il va te falloir le changer également.

C'était le but mdr. C'aurait été marrant qu'avec la montée du Dark SAD, le true SAD commence à rager en se demandant quoi et qu'est-ce. Mais bon, j'suis trop dans le turfu contextuel, pas grave, j'vais changer ça.
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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich Mar 17 Avr - 19:22

Fiche validée!


Tu es dès à présent un criminel de rang C. Tu peux maintenant disposer de ton costume, ton arme et ton véhicule.

Tu peux tout d'abord venir nous dire ton don, ton métier et ton super-pseudo ainsi que réserver ton avatar.

Ensuite, tu pourras créer ton journal et commencer à gagner de l'expérience en participant activement au forum. Tu peux également t'inscrire dans le sujet recherche de RP ou, si tu veux faire des rencontres totalement imprévues, dans la random roulette!

Si tu as une question, n'hésite pas à nous en faire part, le staff est là pour t'aider au mieux et pour t'aiguiller vers la bonne voie.
Bonne chance dans la ville des héros!

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MessageSujet: Re: « Isn't It ? » Φ Ulrich

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« Isn't It ? » Φ Ulrich

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