AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  



Partagez|

Opals are forever (Swan x Agate)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Opals are forever (Swan x Agate) Ven 9 Nov - 14:39

J'ai honte. Me grimer de la sorte, dissimuler mes cheveux, porter des lentilles… Tout ça pour devenir méconnaissable. J'ai honte de me vieillir ainsi, de cette blondeur qui harcelle mon être, de ces yeux bleus des plus ridicules… J'ai honte de ne pas m'afficher comme je le suis en public, de devoir me cacher comme un malandrin de bas étage… Pourtant, si je veux me rapprocher de cette Opale… Je n'ai pas le choix.

Sur son perchoir, mon familier se moque de moi, jacassant à s'en déplumer. Un regard, glaçant, le ramène au calme. Hors de question que l'on se moque de moi, surtout quand je consens à sacrifier de ma personne. J'enfile un collant, une longue robe aux couleurs un peu trop vives pour moi, et m'attaque à masquer les runes qui parcourent ma peau. Un sac à main fuchsia pour compléter ma ridicule et moderne tenue, et me voilà prête pour ma traque. Allons chasser la pierre semi précieuse.

Je claque ma porte, quitte mon immeuble, et me voilà en chasse.

Cela faisait deux semaines. Deux semaines que j'avais glané cette info, au détour d'une arrestation. La petite frappe semblait très bien renseignée sur les systèmes de sécurité et les heures des tours de ronde des gardiens de mon immeuble. Tout ça pour taper dans le coffre fort de mon voisin du dessous… Et il y serait parvenu si je n'étais pas entrée pour coller une trempe audit voisin pour son raffut. Un coup de canne dans l'entrejambe avait suffit pour calmer le malfrat, et quelques questions, sans aucun coup, aucune violence, avaient suffi à lui faire cracher le nom de son informateur. " Opale ". Pour la contacter, il suffisait de faire trainer la rumeur que l'on recherchait justement cette Opale… Peut être pourrait-elle m'offrir plus d'informations que Lucifer…

Et me voilà me dirigeant vers un bar mal famé, juste un autre bruit qui courait… Celui de notre rencontre. Comment l'avais-je appris ? Difficile à savoir. Un autre bruit qui courait sur les opales de Betty… Betty… Pourquoi avoir choisi un nom si ridicule ? Mon imagination m'exaspère parfois.

Le lieu est crade, moisi. J'ai presque envie de ne pas pousser la porte… De ne pas entrer. Rien que la crasse sur la poignée me donnerait presque la nausée. J'aurais presque dû prendre un mort avec moi, quitte à risquer ma couverture. Et si c'était un piège ? Si je m'étais faite avoir ? Je serre ma canne, camouflée en parapluie. Si ça tourne mal, je m'en sortirai. Je m'en sors toujours… N'est-ce pas ? Le dégoût remontant tout mon bras depuis ma main posée sur la poignée, je pousse la porte et découvre quelque chose de… surprenant.

Je n'avais jamais vu autant de malfrats, de petites frappes et autres ruffians réunis au même endroit. Certains que j'avais passé à tabac avant de quitter la ville, il y a un an, d'autres que je ne connais que de vue ou de réputation. Quelques inconnus au bataillon qui ne m'ont pas l'air plus farouche que ça. Bon, il suffit que l'un soit capable de lire les pensées et je me vois grillée…

Calmement, je me dirige vers la seule table libre des lieux, peut être aussi la plus sale… Je maudis intérieurement l'Opale pour le choix du lieu de rendez-vous, tout en essayant d'ignorer les regards insistants sur mes courbes… En temps normal, une avalanche de titubants aurait rapidement réglé le problème, et je me servirais dans les réserves, profitant de l'ambiance morte du lieu. Enfin… en temps normal, il y a trois siècles. Cette époque m'énerve, me désespère… Mais je changerai ça. Plus tard.

Et me voilà, assise, déguisée en Bimbo en détresse, espérant que le bruit de cette rencontre ne soit pas une fausse note me faisant perdre mon temps. Espérant que je n'ai pas fait tous ces efforts pour rien. J'ai honte. Me grimer de la sorte…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Ven 9 Nov - 15:54

    C’était un début d’après-midi tout ce qu’il y a de plus banal. Agate avait négocié avec le gouvernement pour augmenter la part de contrat dont disposait Tourmaline Exchanges Incorporated, (TEI) pour approvisionner la ville en biens de consommation courants, signé un accord avec des libraires de quartiers pour assurer le renouvellement de leurs stocks, et envoyé deux gros bras tabasser des dealers de méthamphétamines qui avaient cru bon de passer dans le réseau de clientèle d’un concurrent. Sans parler des demandes quotidiennes venant de toutes sortes de personnes peu
recommandables, qui voulaient son savoir.
    Agate avait aussi passé plusieurs heures – dans sa bibliothèque, soit quelques secondes – à essayer de comprendre, en la décortiquant dans tous les sens et en utilisant les facultés de sa salle de Simulation, la dernière législation commerciale européenne. Un texte de 250 pages dans un jargon juridico-économique incompréhensible, avec des paragraphes entiers rendus caducs par une portion de phrase dans la note de bas de page d’un alinéa. Et inversement.
    C’était une forme de torture raffinée, mais comme Agate comptait bien faire en sorte que son marché légal traverse l’Atlantique, et qu’elle n’avait pas envie de se payer un expert juridique sur la question, elle y était obligée. Accessoirement, elle pourrait vendre ses analyses à tous les Européens et les petites entreprises américaines que ne pouvaient s’offrir le luxe d’une étude sérieuse sur la question.

    Tout cela pour dire que après l’heure du repas, là où tous les Lauréliens n’avaient vécu que la moitié de leur journée, Agate avait envie d’aller se coucher pour ne se relever que le lendemain.  Elle était dans son bureau, au siège de TEI, allongée sur le canapé, un yaourt, une tasse de café et une pile de feuilles estampillées du logo de l’UE sur la table basse, à somnoler à moitié.
    Un message fit vibrer son téléphone. Elle ne le regarda pas, et le lança au milieu de la pièce, sur la moquette. Sa coque et vitre blindée endurèrent le choc. Autre vibration. Puis une troisième. Agate mit un coussin sur sa tête. Puis une quatrième, et ce fut une vibration continue ; celle d’une sonnerie de téléphone. Elle ne répondit pas.
    Quand la vibration cessa, elle poussa un petit soupir de soulagement. Plus tard, le boulot, là, elle était en pause, et avait demandé expressément à ce qu’on ne la dérange pas.
    Seconde sonnerie.
    Les seules personnes qui étaient autorisées à se montrer aussi insistants étaient ses subordonnés qui avaient quelque chose de particulièrement importants à lui dire, comme un effondrement boursier, la présence d’un Joker à sa porte, ou qu’un ponte de sa mafia cherchait à la joindre.
    Agate fit choir le coussin, se tourna, essaya de se redresser en s’appuyant, mais sa main se posa sur la pile de feuilles, glissa sur les paperasses, et elle se prit le bord sur la mâchoire. Juron, râle, grognement, et après avoir enfin réussi à échouer et se traîner à portée de bras du téléphone, effondrée sur le sol et couverte de papiers, Elle put enfin répondre.
    « Mouis, allô ?
    – Chef ? »
    Personne n’ayant lien à ses activités légales ne l’appelait comme ça. Agate avait donc le droit de l’engueuler comme du poisson pourri.
    « Alors là mon gars, ça a intérêt à être vital, parce que si tu m’as dérangé pour rien, je te défonce le bras.
    – Notre contrat… TDK-832 a raté son coup. »
    Agate cligna les yeux un instant. Elle fit un détour de quelques minutes par sa bibliothèque, pour retrouver le dossier mémoriel lié à ce code. Toutes ses transactions d’informations étaient qualifiées par un code, qui était parfois une série de chiffres, de caractères, un nom, un lieu. En tout cas, rien qui ne puisse être compris comme faisant partie d’une série cohérente. Elle trouva le dossier ; sur un certain Tommy doigts-de-fée, contenant une photo de l’intéressé, son occupation, ses caractéristiques, comment, pourquoi et quand il avait contacté l’Opale, et toutes les informations qu’on pouvait avoir recueilli sur lui. Elle relut l’ensemble, puis émergea.
    Il s’agissait d’un cambrioleur d’envergure moyenne, qui voulait des informations sur une de ses cibles. La maison d’une riche dame, dont on ne savait rien – surtout parce qu’il ne semblait pas que ça valait le coup de se renseigner sur elle.
    « Ah, oui, et donc ? On est pas responsables de ce qu’il fait de ses infos…
    – Il s’est pris une pierre, comme qui dirait. »
    Autre code. Il signifiait que l’identité de l’informateur avait été légèrement compromise. Aucune phrase ne suivit, donc dans le langage codé qu’Agate avait mis en place, cela signifiait que rien de précis ou de compromettant n’avait été dévoilé.
    « Il l’a lâché, ou n’a pas su la tenir ?
    – Non, il a eu l’honnêteté de venir nous le dire, comme convenu. »
    Une des politiques de base de l’Opale était la suivante : si on arrive à vous faire dire quoi que ce soit sur nous, dites-le nous tout de suite et dans son intégralité, et vous ne serez pas puni. Par contre, si on apprend par nous-même que vous nous avez caché quelque chose, le châtiment sera terrible. La clémence est une arme au moins aussi efficace que la menace.
    « C’est embêtant, mais pas urgent. Je vais donc te —
    – Non, attendez. On a un nouveau client.
    – Tes bras, Micky, tes bras.
    – Non mais, c’est étonnant, parce qu’il a l’air riche. Je veux dire, ce n’est pas n’importe qui.
    – Bon. Je t’écoute, mais merde. Vous êtes des adultes, je devrais pouvoir vous laisser gérer  une demi-journée sans avoir à vous chaperonner, quoi, merde. »
    Elle ferma l’appel. Quelques instants plus tard, un courriel, passant par une adresse cryptée et hébergée dans un pays d’Europe orientale, arriva dans la boîte d’Agate.
    Le dénommé Micky lui expliquait qu’une pin-up rose et maniérée avait laissé traîné le bruit qu’elle s’intéressait à l’Opale, jusqu’à ce que l’Opale s’intéresse à elle. Un des acolytes d’Agate, chargée de trier les clients et de vérifier se ça valait la peine de faire remonter jusqu’au patron, avait pris rendez-vous avec elle. En clair, Micky disait que cette cliente devrait peut-être passer outre la procédure. Elle répondit comme suit :
    À aucun prix, non. Tu me tiens informé normalement, mais à première vue, elle ne mérite pas qu’on passe outre les procédures de sécurité.
    D’autant plus que, dans cette ville blindée d’alter-humains, c’était souvent justement parce qu’un client avait l’air de sortir assez de l’ordinaire pour pouvoir se passer de la partie strictement administrative et sécuritaire qu’elle devait y passer, et dans une version renforcée si possible.

     Comme il n’avait rien de mieux à faire de sa journée, le dénommé Micky prit en charge l’accueil de la cliente. Un rendez-vous avait été convenu avec elle dans un bar par un autre membre de l’Opale, et on connaissait déjà son visage. Que son visage, d’ailleurs. Elle s’était évidemment déguisée, ce qui troublait quelque peu les recherches sur son identité.
     Micky était un mafieux Irlandais – catholique (personne n’est parfait) –, avec des cheveux blonds mi-longs, une barbe de trois jours travaillée, une veste en cuir qui dissimulait très bien un petit revolver, et trente-cinq ans bien entamés. Il n’était pas très cultivé, mais bien assez rusé et malin pour avoir pu comprendre très vite les règles de sécurité de l’Opale (qui oscillaient entre la procédure quasi militaire et la paranoïa la plus prononcée), et les appliquer à la lettre. Ce simple fait en avait fait un homme de main reconnu par l’Opale comme des plus efficaces. Sans parler du fait qu’il était un tireur d’exception, un bon bagarreur, et tenait très bien l’alcool – comme tous les Irlandais dignes de ce nom.

     Il entra dans le bar qui avait été choisi comme lieu de rendez-vous. Une jeune femme, dix ans de moins que lui aisément, habillée comme une prostituée qui essayait de se donner quelque distinction, était assise, seule, sans avoir commandé.
     Après un examen plus attentif, Micky se dit qu’elle ne ressemblait pas exactement à une prostituée, car ses manières trahissaient un certain raffinement, mais surtout, une certaine gêne. Sa tenue l’embarrassait. Elle devait se sentir à l’étroit. S’il eût été au faite de sa qualité de combattante, il aurait compris dans l’instant pourquoi. S’il eût connu son origine sociale, il aurait eu une idée encore plus précise des raisons de cet embarras apparent.
     Il s’assit à sa table, et sortit de sa poche un petit pendentif stylisé, le genre qu’on trouverait pour une somme modique dans une bijouterie de quartier.
     « B’jour madame. Vous êtes ici pour ça ? »
     Question purement rhétorique. Il savait, et savait qu’elle savait qu’il savait.
     « Allez-y, je vous écoute. Vous avez voulu entrer en contact avec nous, pour une raison ; pour un service, pour une offre. Balancez la sauce. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Sam 10 Nov - 9:24

Un type à la mine patibulaire s'installe en face de moi, et me présente un médaillon orné d'une pierre... Une opale. C'est donc mon contact... Enfin, j'espère pour lui.

   « Allez-y, je vous écoute. Vous avez voulu entrer en contact avec nous, pour une raison ; pour un service, pour une offre. Balancez la sauce. »

Il est donc bel et bien mon interlocuteur. Je pose mon "parapluie sur la table, la poignée vers moi, et croise mes jambes, prenant mes aises. j'affale mon dos sur la banquette, et pousse les larmes à mes yeux. Une véritable diva digne des plus grandes tragédies de Corneille ou Racine. J'esquisse un faux sourire, puis le masque derrière de gros sanglots. Des tremblements parcourent mon corps, peu à peu, le fou rire qui commence à monter alimente mon sanglot, les larmes coulent de plus belle... J'espère juste que le maquillage survivra à ma comédie. Normalement, oui. J'ai mis la dose. "Balancez la sauce" me dit-il ? Je vais t'en donner du mélodrame.

C'est ma fille... Elle... Elle a disparu. En temps normal, je ne serais pas plus inquiète que ça, mais... Ma fille est spéciale... Elle a un don, un don puissant. Je ne voudrais pas qu'on me l'aie en... en... enle... enlevée...

Toujours plus de larmes, je ne les essuie pas, je regarde mon interlocuteur, un éclair de défi dans les yeux. Alors, mon grand, vas-tu tomber dans le panneau ? Je ne lui laisse aucun répit... Je parle de mon orgueil. Le type, en lui même, n'est qu'un dommage collatéral.

Elle est capable de faire parler les morts... De leur demander n'importe quelle information qu'ils ont en leur possession. Elle est encore si jeune, je ne veux pas qu'elle devienne un instrument pour des crapules... Ou des pourritures... C'est une bonne gamine...

Faire parler les morts... J'en ris. J'ai essayé, et pour le moment, c'est loin d'être concluant. Ils bredouillent quelque chose d'inaudible, convulsent, puis se lèvent, silencieux, et se mettent à mes ordres. Avec de l'entraînement, ça fonctionnera... Mais j'ai besoin de pratiquer encore.

Je sors une photo de moi dans mon sac, mais sous un angle... différent. Personne ne pourrait faire le rapprochement entre cette photo et la chose que je suis actuellement. J'ai trop bien travaillé mon costume. Si, si mon maquillage venait à réellement disparaître, et encore... Je lui tends donc ladite photo, face contre table.

Ne la montrez à personne... Si elle savait que je l'avais prise en photo, elle serait folle de rage. Votre prix sera le mien, j'ai les moyens pour ça. Et... Je ne sais pas si vous en aurez besoin, mais je vous laisse mon numéro de téléphone. Je veux tout savoir...  

Les larmes se remettent à couler, mais je les sauve avec un mouchoir, les cueillant sur le bord de mes yeux.

Excusez-moi... J'ai vraiment peur pour elle...

Au fond, non, je veux vraiment retrouver ma fille. Mais je n'ai pas peur pour elle. J'ai surtout envie de tout savoir d'elle. Qui elle est, qui est son père, comment elle est venue au monde, et surtout, quel est son pouvoir. Beaucoup trop de questions tournent autour d'un simple personnage. Y répondre me permettrait de faire quelque chose d'utile. Et pas que pour moi. Ce mélange bâtard entre la vérité et ma mise en scène lui donne ce cadre crédible et réaliste.

Alors, mon bon monsieur ? Vous... Vous acceptez de vous en occuper ?

Derrière nous, je sens les regards intéressés des malfrats de l'autre table. Si je peux encore douter de l'attrait de cet "opale" pour mon cas, je sais qu'eux n'hésiteront pas à tout donner pour cette recherche. Je retiens et masque un sourire... Qu'ils viennent me trouver. Je suis prête à les recevoir.

Machinalement, je pose ma main sur le manche de mon "parapluie". Oui... Qu'ils viennent me trouver.

Il y a ce type à la mine patibulaire, installé en face de moi. J'attends de savoir si mon affaire l'intéresse, l'intrigue, l'attire. J'attends de savoir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Dim 11 Nov - 0:55

     Micky n’était pas la personne la plus intelligente qui soit, ce n’était pas un cerveau du crime, et à vrai dire, il préférait de loin les jeux d’action aux jeux de stratégie. Pourtant, il avait été forgé par l’Opale – et pour l’Opale –, et savait analyser un discours. Alors qu’il écoutait ce que cette charmante personne lui racontait, il devenait de plus en plus clair pour lui qu’il n’avait pas affaire à la personne que celle-ci prétendait être.
     Dès la première phrase, il avait repéré un problème. « En temps normal, je ne serais pas plus inquiète que ça. » On parlait de sa fille, tout de même. N’importe quelle personne normale s’inquiéterait si elle venait à ne serait-ce que rentrer trop tard, mais la femme en rose justifiait son inquiétude par le fait qu’elle était une alter-humain. Ce qui, du point de vue d’une mère normale, n’avait aucun sens.
     Deux conséquences pouvaient en être induites. Ou bien la femme en rose n’avait pas de fille, et elle masquait l’identité de la personne qu’elle cherchait, et donc ses raisons réelles pour réussir à lui mettre le grappin dessus. Ou bien elle était une mère froide et qui voyait son enfant moins comme un individu que comme un outil. Dans les deux cas, cela n’augurait rien de bon.
     La description de son pouvoir confirma les doutes de Micky. Clairement, la femme en rose n’était pas une mère éplorée quelconque – voire une mère éplorée tout court, voire même une mère, en fait. Elle ne commença pas la description de sa fille par une photo, des données sur sa vie, ni même son nom, mais par ce qui l’intéressait, d’un point de vue pratique. Quand il entendit : « Elle est encore si jeune, je ne veux pas qu'elle devienne un instrument pour des crapules... » Micky comprit en fait : « Je veux qu’elle passe sous mon contrôle, pour que je puisse utiliser son pouvoir à mes fins, qui comme le démontre mon expression orale suspecte et mon jeu de théâtre de qualité moyenne, ne visent pas du tout le bien de la société. »
     Elle lui donna ensuite la photo d’une jeune femme, la vingtaine révolue, qui, effectivement, semblait avoir un air de famille avec la femme en rose. Ce qui était une preuve supplémentaire qu’elle n’était pas sa fille. La femme en rose n’avait pas quarante ans, cela était évident. Trente, trente-cinq, tout au plus. Micky était le genre de personne dont le gagne-pain consistait en observer les gens, et en essayer de récolter autant d’informations que possible sur eux en quelques instants. Sans parler du fait qu’il était très bon au lit et avait eu de nombreuses conquêtes, et donc savait faire la différence entre un corps féminin de quarante ans, un de trente, et un de vingt. Quoi qu’il en soit, à moins de l’avoir eue vraiment très tôt, cette jeune femme ne pouvait pas être sa fille. C’était possible, mais peu probable.
     Encore un autre élément qui sembla suspect fut cette mention : « Si elle savait que je l'avais prise en photo, elle serait folle de rage. » Certains jeunes adultes étaient en effet très sourcilleux sur leur vie privée, ne signaient jamais les autorisations sur le droit à l’image, n’avaient aucune présence sur les réseaux sociaux. En clair, pour trouver des informations sur cette personne, les moyens les plus faciles et évidents seraient inutiles. Ce qui était très suspect, car généralement, on ne se cache que quand on a quelque chose à cacher. Un alter-humain, avec un pouvoir aussi morbide, recherché par une manipulatrice froide et manifestement dangereuse, ne devait pas être quelqu’un de très apprécié, et donc, devait avoir sa protection, qui passait par son anonymat, particulièrement à cœur. Il était aussi possible qu’elle ne fut rien de tout cela, et que la fille de cette dame ne soit que très protectrice envers son image. C’était possible, mais moins probable. (Aussi fou que ça puisse paraître, d’ailleurs, car généralement, on ne suspecte qu’en dernier lieu que les choses sont plus compliquées qu’elles ne le paraissent, comme le voulait le principe du rasoir d’Occam.)

     Quoi qu’il en soit, il allait être temps de formuler une réponse. Micky attrapa la photo, le papier où elle avait noté son numéro, les rangea dans une poche intérieure.
     « On vous recontactera. Peut-être. Ou peut-être pas. Moi ou un autre. D’une manière ou d’une autre. Si une autre personne que moi entre en contact avec vous, dites-lui que vous êtes liée à l’Émeraude, et que le fond de l’air est frais, même pour la saison. Il comprendra. Je ne reste pas. Au revoir. Peut-être. Ah, si, votre nom, et celui de votre fille, s’il vous plaît. »
     Après qu’elle lui eut répondu, il partit, sans commentaires. Dès qu’il fut sorti, Micky envoya un message court par téléphone à des hommes de main : « On se voit samedi pour la revanche ? » Ce qui signifiait : suivez-là autant que faire ce peut.
     Puis il vérifia s’il n’était pas suivi lui-même, plaça son téléphone dans une petite boîte doublée de plomb de la taille d’un étui de protection, une sécurité contre le traçage qui était réglementaire dans ce genre de situation, et prit un itinéraire complexe, changeant plusieurs fois de mode de transport, pour se rendre chez lui. De là, il envoya à Agate le résumé de la discussion, et ses suspicions, par courriel crypté. Micky avait aussi fourni un portait-robot de la femme en rose, et la photographie de sa « fille ».

     Agate, parlons-en, avait à ce moment-là fini de bosser. Elle venait de rentrer chez elle après une dure fin de journée au bureau, où elle avait enchaîné les réunions – et les tasses de café.
     Quand le courriel de Micky parvint jusqu’à elle, Elle était en tenue de soirée, soit un jogging et un gros pull sans rien en-dessous, devant la télévision, et avec un plateau-repas. Elle reçut la notification sur son portable, et lut ce que son acolyte lui avait envoyé.
     Tout cela éveilla son intérêt. Elle demanda à ce que des recherches immédiates soient faites sur ce numéro de téléphone. Il était presque sûr qu’il avait été acheté avec une carte SIM pré-payée pour l’occasion, règle élémentaire de prudence, mais si ça ce trouve, on avait affaire à une vraie amatrice qui ne s’embarrasserait pas de ces protocoles de base. Si elle s’était montrée prudente, c’était d’ailleurs un signe de plus qu’il y avait anguille sous roche, car les mères éplorées n’utilisent pas des techniques d’agents secrets.
     Il y avait là quelque chose de très intéressant, et qui semblait avoir des implications bien plus graves que l’enlèvement d’une jeune femme. L’Opale se devait d’en être, si ce n’est en participante du coup à venir, au moins en observatrice pour récolter des informations qui seraient forcément utiles plus tard.
     Un ami à la police municipale chercha aux archives si les visages repérés avaient été enregistrés. On mobilisa le réseau de clochards de la ville, ces gens qui voyaient passer tout le monde devant leurs yeux mais que personne ne remarquait. S’ils apercevaient ces deux personnes, ils airaient droit à une récompense. On fouilla sur Internet à la recherche de la moindre information.
     La femme en rose ne reçut pas de nouvelles pendant trois jours. Trois jours pendant lesquels tous les associés de l’Opale s’affairaient à récupérer de l’information.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Lun 12 Nov - 23:35

Mon nom est Betty. Et ma fille s'appelle Swan.

Le type patibulaire en face de moi acquiesce et range tout ce que je lui ai passé dans une poche intérieure de sa veste.

On vous recontactera. Peut-être. Ou peut-être pas. Moi ou un autre. D’une manière ou d’une autre. Si une autre personne que moi entre en contact avec vous, dites-lui que vous êtes liée à l’Émeraude, et que le fond de l’air est frais, même pour la saison. Il comprendra. Je ne reste pas. Au revoir. Peut-être. Ah, si, votre nom, et celui de votre fille, s’il vous plaît.

Puis sans rien ajouter, sans que je n'aie à lui répondre, il se lève et quitte les lieux. J'attends un peu, puis fais de même. Hors de question de laisser ma personne se faire souiller moralement par ces lieux plus longtemps. Alors que je me lève, un des types assis derrière nous fait de même, accompagné par sa clique. Je n'aime absolument pas ça, surtout que j'ai donné "mon" nom. Swan, une fille qui peut faire parler... Et surtout bouger les morts. Bien sûr qu'ils avaient fait le rapprochement. Avant qu'il ne me parle, j'accélère le pas, créant une risible mimique de catin de bas étage perdue sur ses talons. Si j'avais su, j'aurais sorti les bottes. Au moins, j'aurais pu m'enfuir en courant. Là, je vais devoir les attirer dans une ruelle avant de les écraser.

J'esquisse alors, un moment durant, un semblant de marche, suivie de près par l'équipe de ratés qui refuse de me lâcher depuis le bar. L'avantage de cette ridicule course poursuite, c'est que la ruelle est pleine de monde. Ils ne peuvent donc pas s'en prendre à moi ici. D'ailleurs, en la jouant finement, je devrais pouvoir prendre un taxi et m'en sortir sans risquer ma fausse identité. Et... Bingo, un taxi s'arrête au coin de la rue, pour décharger un client. Je saute presque sur le chauffeur, et lui ordonne de me conduire à la morgue. Il est temps pour "Betty" et Swan de se séparer.

Derrière moi, j'entends le chef des lascars jurer en italien. Je l'ignore royalement. Il peut bien parler de ma mère tant qu'il le veut : je ne l'ai jamais connue, et m'en fiche royalement. Et puis, Betty n'est pas de celles qui se battent. Par contre, Swan... Si. Et Je n'oublie jamais un visage. Encore moins un visage qui m'a contrarié. Le taxi démarre, et nous voilà en route pour la morgue. Arrivée là bas, je paie le chauffeur et lui laisse un léger extra. Il a été rapide et a sauvé ma couverture. Et puis, je paie aussi son silence. J'espère.

J'entre dans un bâtiment adjacent, et passe par une entrée que le directeur m'a aménagé. Pour une fois que ces futilités me servent... Une fois dedans, je passe rapidement par le vestiaire, me démaquille, quitte ces guenilles de fille de joie, et me rhabille dans une tenue un peu plus... Correcte. Ma robe violette, mes bottes et mon corsage me manquaient tant... ceci fait, je descends aux frigos. Si ma mémoire est bonne, j'ai un spécimen plus que parfait pour la mission qui va suivre. Je la sors, et me prépare à la maquiller, quand mon directeur entre dans la pièce.

J'aimerais que tu évites de te servir des sujets que l'on doit rendre à la police après. Donc, en gros, de tout ce qui se trouve ici.

Je soupire, et fais se lever ma nouvelle marionnette.

J'ai besoin d'un cadavre de femme qui fasse à peu près ma taille, et possède à peu près ma corpulence. Oui, j'ai prévu du rembourrage, garde ta future remarque. Pour la cause de la mort, c'est un banal AVC, un gros caillot de sang qui lui a ravagé la cervelle. Je doute d'avoir besoin de voir le dossier... Elle est morte dans son sommeil, c'est ça ?

Il me fixe un moment, et s'apprête à me refuser le corps.

Elle sera de retour dans trois ou quatre heures, j'ai juste besoin que "Betty" attire l'attention... C'est pour une affaire sur laquelle je travaille. Avec mon autre travail.

Son sourcil droit créé un parfait arc de cercle à la mention de mon "autre" travail.

Je ne sais toujours pas comment et pourquoi le centre Joker t'a recruté... Tu n'as aucune empathie pour les défunts...

Je ricane.

Je ne vois pas en quoi les charcuter comme on le fait ici a quelque rapport que ce soit avec l'empathie. Quant au comment du pourquoi... Je suis efficace, et on manque de héros. Tu veux vraiment avoir cette conversation maintenant ? J'aimerais éviter de griller ma couverture. Donc si ma "mère" pouvait aller faire un tour en ville, ça me sauverait.

Il lève les yeux au ciel.

Trois heures. Pas plus.

Elle va juste aller faire un tour et revenir, le temps que j'aille faire le plein de corps pour chez moi. Il m'en faut quatre, voire cinq... Une idée d'où je peux trouver autant de Muses de mon acabit en peu de temps ?

Il rigole et quitte la pièce. Je finis alors de préparer la défunte, et la fais partir en ville. Pendant ce temps, je quitte la morgue et me dirige vers le cimetière le plus proche. Jouer à la fossoyeuse alors que je viens de mettre ma tête à prix n'est guère prudent... J'aurais dû faire le plein de corps avant de me rendre à ce fichu rendez-vous... Lucifer a beau être plein de défauts, mais au moins, le rencontrer ne me demande pas tant de cérémonies. Et au moins, je peux boire à l'oeil chez lui.

La soirée passe, laissant place à la nuit. J'écris à mon supérieur hiérarchique... Enfin... "Supérieur"... Pour lui demander si le corps est bien de retour. "Oui". Parfait. Au moins elle n'a pas rencontré mes nouveaux amis. Profitant de la nuit, je retourne chez moi par les petites rues, celles que l'on évite en général. Celles qui Carnage appréciait tant... D'ailleurs... Je me demande ce qu'il devient. J'ai une mission pour lui. Maintenant que je sais où est Méphisto, plus la peine de faire durer le suspense... Enfin. J'ai des journées à occuper, moi.

Cinq corps dans mon appartement. Des corps de femmes qui me ressemblent vaguement. Je les habille tous, les parfume, et en prends soin. Soutien-gorge rembourré, deux maquillés comme moi, deux comme "Betty". Les runes, les cicatrices, les perruques, tout y passe. Douze heures, et elles doivent revenir ici... C'est la seule vrai faille dans mon plan, mais je n'ai pas d'autre choix. Mon familier ne peux pas animer les corps à ma place. Alors, toutes les six heures, j'envoie patrouiller un de mes morts. Les quatre sont équipés d'un micro qui me retransmet tout ce qui se passe autour d'eux. Pratique en cas de pépin.

Je n'ai aucun contrôle superflu sur eux, outre les ordres de base. Et l'absence de violence, toujours privilégier la fuite. La marionnette "Swan" a pour mission d'aller chercher à manger, faire les courses et poster mon courrier, comme je le ferais si je n'avais aucune mission, et "Betty" a juste à se montrer, errer, et rentrer. toutes les douze heures, elles rentrent, sortent, errent. Jamais trop loin de la maison, que je puisse intervenir facilement en cas de pépin... Et me voilà enfermée chez moi, près du cellulaire jetable acheté pour l'occasion.

Le premier jour passe, tout va pour le mieux. Le second aussi. Au bout du troisième jour, je commence à perdre espoir. Mon familier s'ennuie, et moi aussi. Et puis il y a cet affront que je n'ai pas lavé, ces types que je n'ai pas corrigé l'autre fois. C'est resté impuni très longtemps. Trop longtemps.

Je me douche rapidement, enfile mon costume de héros, et attends le retour de mes deux goules. Alors, je sors de chez moi, et m'en retourne vers le café où j'ai rencontré l'Opale pour la première fois. Armée de ma canne, mon masque sur le visage, j'attends. Si le malfrat sort, accompagné ou pas, je lui fais sa fête. Je trouverai un mobile sans soucis. Et au pire, je me prônerai la légitime défense. Son casier est rempli de faits de violence. Ce sera parfait comme mobile.

Le bar est en face de moi, puant, transpirant la crasse. Et j'attends. J'attends le criminel de bas étage. J'attends l'Opale. J'attends Carnage. J'attends Blue. J'attends tant de choses. Comme si là était mon destin : attendre que les choses bougent. Comme si après trois siècles, je n'avais pas assez attendu.

Et là, c'est mon malfrat de bas étage qui sort, bourré, tenant une jolie demoiselle par les cheveux. Mieux qu'un faux mobile, une raison d'agir. J'aime quand tout va dans mon sens comme ça. Comme si quelqu'un avait prévu de m'offrir cette raclure sur un plateau d'argent. Comme si on avait aligné les étoiles pour moi. Il traine son butin dans la ruelle à côté du bar, une main dans ses cheveux, l'autre sur sa ceinture. Je l'y rejoins.

Alors, poupée, tu vas prendre ton pied ?

Elle ne crie pas, sanglote juste. Il la cogne une première fois.

Allez, poupée, gémis un peu mieux. Je vais pas prendre mon pied comme ça.

Il la cogne à nouveau. Elle crie, il en profite pour mettre un tissus dans sa bouche. Il lève la main pour la cogner à nouveau... Et se met à hurler de douleur. Sa main est embrochée sur la lame de ma canne. Le point négatif, c'est que je souille une lame sacrée pour rien... Le point positif, c'est que je vais joindre l'utile à l'agréable.

Il me semble t'avoir déjà épinglé, mon cher... Mon cher... Ah, rien à faire, j'écrase tant de cloportes dans ton genre que je n'arrive plus à me rappeler de vos noms...

Je retire ma lame de sa main, et la demoiselle en profite pour s'écarter.

Mordren, mademoiselle. Pour vous servir. Ne bougez pas, je vais simplement...

Un coup de feu. Une douleur. Merde... Il était armé. Je pose ma main contre la plaie... Il a raté mon estomac de peu, c'est passé dans un vide... Mais la douleur, elle, est présente. D'un coup lourd, engourdi par ma blessure, je lui transperce l'autre main, retire ma lame, et lui écrase le fourreau sur la tête, le sonnant au passage. Je sors alors mon téléphone, appelle la police, les secours... Et demande à la fille de rester là. Tout se noircit autour de moi... Je ne suis pas immortelle... Juste éternelle... Elle me dépose sur ses cuisses, et applique quelque chose contre la plaie. Elle appuie... Je le sens... J'ai mal... Il commence à faire tout noir... Je n'ai pas tant forcé, et il ne me semble pas avoir perdu trop de sang... Alors pourquoi je m'endors, comme ça ?

Je ferme les yeux, les rouvre. Au loin, les sirènes se rapprochent. Je ferme les yeux, les rouvre, un infirmer me parle, je lui réponds. Il ne comprend pas, fouille mon sac et sort une carte. Mordren. A positif. 25 ans. Tout ce dont ont besoin les secours en cas d'urgence. Je ferme les yeux, et sens une aiguille dans mon bras... Puis plus rien.

Je rouvre les yeux dans une chambre d'hôpital. Combien de temps s'est écoulé depuis la ruelle ? J'aimerais bouger le bras, mais rien... Je suis trop fatiguée. Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de rentrer chez moi. Je ferme les yeux, et me rendors... Espérant être plus en forme à mon réveil. A mon prochain réveil.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Mer 14 Nov - 19:24

     Ce furent en effet trois journées bien remplies pour l’Opale. Micky savait être convainquant, et en plus du courriel, il lui toucha deux mots sur ses impressions en privé. Le réseau d’indicateurs fit très bien son travail, et on repéra la présence de Betty et Swan à plusieurs endroits de la ville. Très vite, on établit une carte où étaient notées leurs apparitions, pour essayer d’en déduire quelque chose. Ce qui était étrange, c’était qu’elles ne semblaient jamais s’éloigner de la même maison.
     Agate soupçonnait déjà qu’on essayait de la duper, mais elle n’arrivait pas à voir pourquoi. Le comment était déjà cerné, dans les grandes lignes : Betty et Swan n’avaient aucun lien de parenté, étaient en contact et faisaient tout pour ne pas griller leur couverture, mais il y avait de subtiles erreurs qui se glissaient dans cette couverture. La plus criante étant qu’elles étaient aperçues toutes deux dans le même quartier, mais ne se croisaient jamais. La moindre des choses auraient été de mettre leurs bases d’opération respectives à des endroits très éloignés. Leur comportement était aussi par trop mécanique, trop réglé comme une horloge.
     Il y avait toutefois un risque non-négligeable de privilégier l’explication la plus séduisante, car contenant le plus de mystère, mais qui serait vue comme la moins rationnelle a posteriori. Peut-être, tout simplement, que Swan était une mère très possessive qui avait très mal vécue le déménagement de sa fille hors de chez elle, et était allée jusqu’à des moyens ridiculement dangereux, en substance contacter une organisation obscure et semi-criminelle, après s’être persuadée qu’elle avait disparue.
     Peut-être avait-on tout simplement affaire à une folle.

     Il y avait un moyen simple de s’en assurer. Agate décida d’aller se promener dans le quartier où on les apercevait souvent. Ses mouchards sur place lui diraient dès qu’ils verraient une des deux, et elle se dirigerait vers cette personne pour lire ses pensées. Ce fut Betty qui fut signalée en première. Accompagnée d’un autre de ses hommes de main, une camionneuse canadienne épaisse qui s’appelait Sharon Telly, elle se dirigea vers elle, en voiture.
     Après s’être garée à portée de vue de leur cible, Agate la fixa avec attention.
     « Chef, je sais toujours pas pourquoi vous vous donnez ce mal. »
     Agate n’avait jamais révélé ses pouvoirs à ses subordonnés. Ils n’avaient pas besoin de le savoir, et ne devaient pas craindre d’être des livres ouverts quand elle clignait les yeux après les avoir fixé un bref instant. D’autant plus que la puissance d’un pouvoir, qu’il soit économique, politique, ou magique, selon Agate, est inversement proportionnelle au nombre de personnes qui connaissent son existence.
     « Je voulais voir ce qu’il en était de mes yeux. Tu sais comme moi que les rapports écrits sont toujours insuffisants.
     – Ah, oui, ça c’est vrai. »
     Contrairement à Micky, qu’Agate avait réussi à dresser suffisamment bien pour que ce bagarreur au sang chaud se prenne de passion pour la paperasse et les intrigues, Sharon était bien plus imperméable aux subtilités du pouvoir. Elle était une femme simple, avec des valeurs simples. Ce qui était un avantage en soi, selon Agate. Sharon faisait partie des rares personnes qu’elle appréciait profondément, bien qu’elle ne fut qu’une exécutante mal dégrossie.

     Elle cligna des yeux, et entra dans sa bibliothèque. Elle avait gardé son chemisier et son tailleur noir, d’une coupe impeccable, ses talons et sa veste. Son uniforme de travail, qu’elle portait peu quand elle travaillait avec ses subordonnés, car la base pour se faire respecter et estimer quand on dirige un groupe, c’est de participer leurs rigueurs et leurs conditions de vie. Se promener en tenue de femme d’affaire au milieu de ces prolétaires envoyait l’image exacte inverse. Mais enfin, Agate n’avait pas eu le temps de se changer, après une réunion avec des clients.
     Sa salle de lecture était prête. Elle passa la porte, et se prépara à plonger dans l’esprit de Betty. Une tâche extrêmement déplaisante, voire carrément dangereuse pour sa santé mentale, même avec un humain normal.
     Le contact se produisit. L’environnement mental d’Agate s’annihila en un instant, pour être remplacé par celui de sa cible.
     Le vide. Noir, froid, sombre, total. Agate flottait dans une immensité infinie et étouffante. Elle ressentit l’immense vacuité de l’existence, le supplice éternel des esprits défunts dont les particules de matière mentale sont éparpillées en infimes fragments dénués de sens et de substance ; infimes reflets ternes d’une extinction totale et éternelle. Et alors que, regardant l’abîme, l’abîme regardait en elle, Agate ressentit la présence d’une autre force, dans cet esprit. Une toile, un réseau, un magnétisme qui tenait cet espace et lui avait permis d’y pénétrer. Une puissance occulte issue du fond des âges, faite de ténèbres et de malveillance, un pouvoir terrifiant et avilissant, qui s’étendait comme le piège d’une araignée, et alors qu’Agate était hypnotisée par la violence brute de cette entité démoniaque, elle put sentir la caresse de ses dents sur son esprit.
     Le retour à la réalité fut violent. Alors que la bruine légère de Laurel brouillait quelque peu la vitre, et que les passants dans le décor gris devenaient moins des êtres que des formes noires
indistinctes, Agate tentait de rassembler les morceaux de son esprit qui avait été frappée de plein fouet par la lecture des pensées d’un mort-vivant, contrôlé par quelque personne disposant de pouvoirs occultes.
     « Chef ? Ça va, chef ?
     – Oui… Non… Je suis fatiguée…
     – Ah, ben, avec les journées que vous vous farcissez aussi, ça m’étonne pas. Puis pensez au bébé. Bon, ben, je vous raccompagne chez vous ?
     – Oui, s’il te plaît. »
     Autant pour la fin de sa journée. Agate décommanda ses rendez-vous, légaux et illégaux, coupa tous les appareils électriques chez elle, et se fit couler un bain chaud avec des huiles essentielles.

     Le lendemain, elle se pointa dans les locaux qu’utilisaient ses acolytes pour gérer les informations récoltées par l’Opale. Il n’y avait en fait aucune archive, car Agate demandait à ce qu’on les détruise régulièrement. Elle stockait tout dans son esprit. Personne ne soupçonnait – au moins ouvertement – qu’elle disposât d’un pouvoir d’alter-humaine, on préférait comme explication qu’elle avait une très, très bonne mémoire.
     « Bien, chers amis. Il est temps de conclure cette histoire sur Betty et Swan. Des éléments récoltés de mon côté me laissent à penser que cette affaire est bien plus importante que ce qu’on pourrait croire. Je vous écoute. »
     Et la réunion commença. Chacun y alla de son analyse, on confronta les points de vue, on établit des pistes de réflexion.
     « Où est Micky, au fait ? Il est en retard.
     – Il a un peu trop fait la fête hier soir…
     – Ah. C’est tout lui, ça. »
     Et effectivement, il entra, quelques minutes plus tard, l’air manifestement ivre. Il tenait un journal sous le bras, le genre de torchon distribués gratuitement à l’entrée des bouches de métro.
     « Hé, dites, chef, j’ai lu ça, en arrivant… »
     Il posa le journal sur la table. Il y avait un rond de café et une tache de sauce tomate sur la page ouverte, celle de la partie faits divers.
     « Qu’est-ce que tu crois que –
     – Non mais, attendez, sans rire. Lisez ça. »
     On se pencha sur l’article montré du doigt. La Joker Mordren avait été blessée lors d’une échauffourée avec de petits malfrats, et était actuellement à l’hôpital. On connaissait son identité ; Swan Melenthil. Elle ressemblait fort à la « fille », Betty, qui était en fait un mort-vivant. Et Swan était en effet une nécromante connue.
     « Pourquoi n’ai-je pas fait le rapprochement plus tôt… C’était évident. »
     La situation devenait claire : Swan avait mis en place une mascarade pour attirer l’attention de l’Opale sans se faire repérer, mais un coup du sort venait de ruiner ses plans. La question qui restait en suspens était pourquoi avoir utilisé ce stratagème ?
     « On fait quoi du coup, chef ?
     – Cuve, prend une douche et va la voir. »

     Et ainsi, quelques heures plus tard, un Micky propre, et avec des fleurs, se fit passer pour un ami de la blessée à l’hôpital. À ce sujet, il nota dans un coin de sa tête qu’il faudrait qu’il rappelle à Agate de l’intérêt que l’Opale aurait à placer un agent dans cet établissement. Ne serait-ce que pour pouvoir piquer des stocks de médicaments, à l’occasion.
     Il veilla au chevet de Swan, attendant poliment qu’elle se réveille. À dire vrai, il en profita pour jouer à un jeu en ligne sur son téléphone. Quand elle ouvrit les yeux et fit un geste, il retira ses écouteurs et s’approcha du lit, dont la table de chevet attenante se trouvait ornée de fleurs odoriférantes.
     « Salut salut. Hé ben dis-donc, ils t’ont pas loupée, Mordren. Enfin bon. Ça va sans dire que t’as attiré l’attention de mes supérieurs. Même si, je vais être honnête tout de suite, on ne sait pas encore si c’est une bonne chose que toi, tu te soies intéressée à nous. »
     Il s’assit sur une chaise, dossier contre le ventre, affalé dessus.
     « Ah, non, vraiment, je suis désolé de voir la position dans laquelle tu nous mets. Alors écoute. On va faire les choses comme il faut. Raconte-moi ton histoire. Puis on jugera. Oh, même si t’es une espionne dont la mission est de nous buter, on ne fera rien de sale. »
     Mensonge éhonté, mais Micky ne le savait pas. Agate n’avait pas partagée à ses subordonnés le fait qu’elle envisageait de la supprimer, car elle craignait qu’ils ne soient pas assez bons pour dissimuler leurs intentions. Après tout, la meilleure manière de mentir est encore d’être honnête.
     « Ah, oui, avant que tu commences. »
     Il prit son téléphone, ouvrit une application de messagerie instantanée par connexion Internet, à usage d’entreprise. Elle permettait surtout de faire des visioconférences. Il appela Agate, qui était désignée simplement comme « l’Opale ». Bien entendu, le micro et la caméra étaient activées du côté de Micky et Swan, ce qui fait que, derrière son écran, Agate pouvait voir et entendre son visage. Par contre, ils étaient coupés de son côté, et donc, Swan ne pouvait ni la voir ni l’entendre.
     « Les chefs t’écoutent. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Mer 14 Nov - 21:40

Mes rêves sont calmes. Si calmes. Pas de rires diaboliques, pas d'apparitions démoniaques... Aucun cadavre, aucune note morbide, comme si tout le mal que j'avais fait, que je fais et que je ferai m'étaient pardonnés l'espace d'une valse dans les bras de Morphée. Le visage souriant, timide, de Blue posé sur mes genoux, et Carnage, derrière nous, en retrait, mais présent. Comme si les deux êtres qui m'importent m'acceptaient. Comme si nous étions seuls au monde. Puis une vague de chaleur envahit mon corps. Le ciel noircit, l'évapore. Les visages de mes compagnons se trouble, puis disparaît. Tout disparaît. Un goût âpre et sec envahit ma bouche, une douleur se fait vive dans mon bras... Comme un... Un cathéter. J'ouvre les yeux, péniblement, et tends ma main vers la table de chevet. Là se trouve une bouteille d'eau pétillante, un peu tiédasse. Elle fera l'affaire, je ne suis pas en position de la refuser.

Pendant que j'en déverse lentement le contenu dans ma bouche, et que, descendant dans ma gorge, les bulles me caressent le palais, une ombre s'approche de mon lit. Imposante. patibulaire. Carrée. L'opale.

« Salut salut. Hé ben dis-donc, ils t’ont pas loupée, Mordren. Enfin bon. Ça va sans dire que t’as attiré l’attention de mes supérieurs. Même si, je vais être honnête tout de suite, on ne sait pas encore si c’est une bonne chose que toi, tu te soies intéressée à nous. »

Je ne tourne pas la tête vers lui, ni ne daigne le saluer, trop occupée à hydrater cette sécheresse en moi. Lui s'assied sur une chaise, la faisant grincer sous le poids de son corps. Au vu de sa masse, et de la réaction de la chaise, je doute qu'il n'y ait une once de matière grasse dans son corps. Si il décide de s'en prendre à moi physiquement, je n'ai qu'à prier qu'il y ait un mort pas loin. Voire juste à côté.

« Ah, non, vraiment, je suis désolé de voir la position dans laquelle tu nous mets. Alors écoute. On va faire les choses comme il faut. Raconte-moi ton histoire. Puis on jugera. Oh, même si t’es une espionne dont la mission est de nous buter, on ne fera rien de sale. Ah oui, avant que tu ne commences.»

Je tourne la tête, et l'observe, silencieuse. J'évalue doucement mes chances de sortir de là : elles sont minces. La blessures, bien que stabilisée, me prive de quelque mouvement vif. Et le cathéter m'attache à la poche de médicaments. En bref ? Si il ment, ou si il joue un double jeu, mon histoire prend fin ici même. Enfin... Je tente le tout pour le tout, laisse mon pouvoir errer dans la pièce, et les chambres alentours. Lui sort son téléphone et semble chercher quelque chose dessus. A la limite de sa portée, mon pouvoir se fige, et s'évanouit. Rien à contrôler, tout le monde est vivant dans le bâtiment... Et aucun nuisible à déplorer. Les services d'hygiène de cet hôpital sont, malheureusement pour moi, des plus déplorables. Tant pis donc. On va devoir rester sage. Le gorille, lui, tourne vers moi un écran noir. Le symbole du microphone de l'interlocuteur est barré. Donc seuls les sons de cette pièce passeront par le téléphone, et je n'ai aucun moyen de savoir ce qu'il se passe de l'autre côté.

Les chefs t'écoutent.

Je hausse un sourcil, la mine désabusée. Ma bouteille vide, je la pose sur la table de chevet et fais face à l'homme, affalé sur la chaise. Sa position était décontractée, impolie... Et lui aurait valu bien des tourments... Il y a quelques siècles. D'abord, à cette époque, personne n'aurait OSÉ s'installer ainsi devant ma personne. Mais les temps ont changé. Décidément, je hais cette époque...

Avant tout, bonjour mon cher. Excusez mon impolitesse, la soif était si importante que je me devais de vider cette bouteille afin de l'étancher. Vous n'imaginez pas l'état de mon palais après pareil traitement ! Enfin... Je ne vous ferai pas l'affront de jouer la femme surprise, ni l'ingénue... Enfin, pas devant vos chefs. Vos ? Les ? ou Votre ? Le... La ? J'ai un doute. Enfin, je ne le saurai probablement jamais... Ou alors, je le sais déjà et je me joue de vous ? D'ailleurs, serait-il possible que vous restiez à votre rang et évitiez de me tutoyer ? Vous tutoyez les grand mères que vous croisez ? A vous voir, vous devez avoir la trentaine... J'ai dix fois votre âge, mon cher.

Le colosse ne réagit pas. Est-il agacé ? Est-il en colère ? Ou me prendrait-il pour une folle. J'espère pour lui que ce n'est aucune des trois options. Et j'espère pour moi que ce n'est pas la deuxième.

Allons donc droit au but. Sachez déjà que je déplore le fait que vous vous cachiez derrière un écran pour entrer en contact avec la cible que je vous ai désigné. Et que j'admire aussi aussi cette prudence. Les indices que je vous ai laissé étaient assez bon pour remonter à mon domicile ? Si vous êtes entrain de le fouiller, profitez-en pour faire disparaître les cadavres qui y jonchent encore le sol... Il serait regrettable que d'un claquement de doigt, je les anime pour leur faire massacrer toute forme de vie présente dans mon appartement... Non, je plaisante. Je n'ai rien à gagner à faire des victimes dans vos rangs. Puisque si je vous contacte, si je cherche à vous rencontrer, "Opale", c'est pour m'associer à vous. J'ai quelques projets qui demandent une certaine discrétion que mon actuel informateur n'est pas en mesure de m'assurer.

Dans le couloir, des bruits de pas, et un chariot. Je laisse mon pouvoir envahir de nouveau les lieux... Toujours rien. Mais personne ne veut donc trépasser ?!! J'ai besoin de quelque chose à sacrifier. Et vite.

Pour l'histoire de ma fille, la cible est la mauvaise, la version est fausse, mais le fond est vrai. J'ai bel et bien une fille, et je tiens vivement à la retrouver. Par contre, j'ignore tout d'elle. Si ce n'est son âge... Mais là, cela voudrait dire que vous acceptez de travailler avec moi. Mais pourquoi ? Pourquoi une agence de renseignement comme la votre voudrait d'une catin de bas étage, hautaine et orgueilleuse comme associée ? Déjà parce que ladite dame est un Joker, et qu'elle peut donc vous offrir gracieusement... contre quelques services et exclusivités, bon nombre d'informations. Et ensuite parce que... Parce que...

J'hésite... Dévoiler mon plan comme ça, de but en blanc... Non. Pas encore. Pas sans rencontrer la personne qui se cacher derrière cet écran. Pas avant d'avoir une garantie que l'accord qui nous liera m'évitera tout déboire avec le centre Joker, avec les héros...

Diantre ! J'allais parler trop vite ! Enfin, sachez donc que si j'ai cherché à vous contacter, c'est par égoïsme. Les affaires de la ville ne m'intéressent que modérément, et j'ai besoin de construire quelque chose de grandiose.

J'approche ma tête de la caméra, posant mes deux yeux vers là où toute personne de l'autre côté serait assurée de me me fixer droit dans les yeux.

Alors rappelez votre colosse, laissez-moi sortir d'ici et donnons nous rendez-vous. Dans un restaurant par exemple ! Il doit bien y avoir un lieu qui vous plaise ! Ne vous en faites pas pour les dépenses, j'ai largement les moyens de me l'offrir. Mon salaire de Légiste n'est qu'un peu d'argent de poche.

Je pose mon doigt sur l'objectif de la caméra, de façon à l'obstruer et tourne la tête vers celui qui tient le téléphone, ajoutant en simulant un chuchotement exagéré

Si vous pouviez cesser de vous attarder sur les runes qui parcourent ma peau, et de reluquer ma poitrine, cela me donnerait envie de ne pas corriger vos manières !

J'ajoute un clin d'oeil, retire mon doigt de la caméra, et sourit à l'objectif. Mon sourire pourrait-il être plus malsain ?

Alors, qu'en dites-vous ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Jeu 15 Nov - 11:02

     Micky n’avait jamais vraiment côtoyé des alter-humains, mais il connaissait les récits à leur propos. Il était aussi un habitant de Laurel, ce qui en soi se passait de commentaire. Quand Swan lui dévoila son âge, il n’eut donc aucune expression de surprise, mais pensa plutôt à une série de petites blagues sur les vieux à lui balancer. Ce qui aurait été extrêmement inconvenant, car Agate pouvait écouter, et elle n’aurait pas toléré qu’on interrompît un appel avec une cliente.
     En tout cas, elle avait compris ce qui en était de la notion de secret. Certes, Agate ne la verrait sans doute jamais en personne. Micky ne pouvait pas le savoir, mais elle avait une raison de plus pour éviter le contact. Agate avait du mal à supporter les personnes capables de contrer son pouvoir. Il était possible que Swan ne fût pas dotée de pouvoirs mentaux, et que fouiller son esprit ne fût pas dangereux pour sa santé mentale, mais c’est le genre de pari qu’on évite généralement de prendre.
     S’il ne réagit pas à la petite provocation noblaillonne de Swan, c’était parce qu’Agate lui avait déjà expressément interdit, lors de précédentes entrevues de ce type. Toutes les réactions de l’autre, lui avait-elle dit, sont précieuses, en ce qu’elles dévoilent beaucoup sur la manière de se comporter. Micky n’était là que pour porter la caméra, pas pour troubler une observation, presque scientifique, du comportement de quelqu’un.
     Il ne put réprimer un petit sourire. « Travailler pour moi. » C’était si mignon. Cette vieille bique alitée balançait ça, sans complexe. Elle aurait au moins pu avoir le bon goût diplomatique de dire : « travailler avec moi ». Puis il se dit que si lui avait remarqué cela, Agate devait avoir repéré bien plus, et il eut encore plus de mal à ne pas pouffer comme un gosse.
     Elle fit ensuite tout un tas de propositions, plus ou moins intéressantes. Les offres de Swan se multipliaient, formaient des couches superposées comme un mille-feuille. Nul doute que de l’autre côté, on réfléchissait longuement. Agate utilisa d’ailleurs son pouvoir pour analyser avec une précision méticuleuse ces dires, et ce qui parut être quelques instants de réflexion avait en fait été une bonne heure.

     Un message textuel fut envoyé sur le portable de Micky. Il le regarda. « Mes chefs disent d’attendre un peu, ils écrivent la réponse. » Après un petit temps de latence, elle finit par arriver.
     « Alors, mes chefs vous répondent ceci : « Jusqu’à ce que nous le désirions, aucun contact direct ne pourra être effectué entre nous, pour des raisons de sécurité que vous comprenez sans problème. Vous dites être un Joker, donc deux hypothèses s’offrent à nous : Selon la première, vous dites la vérité et vous êtes en train de trahir votre propre organisation pour votre propre compte, auquel cas, outre le fait qu’il est naturel de se méfier des transfuges, rien ne nous dit que vous ne nous trahirez pas pour votre propre compte par la suite. Selon la seconde, vous mentez, et vous voulez jouer l’agent double : nous faire croire que vous êtes en agent coopérant avec nous, alors qu’en vérité vous allez nous transmettre de fausses informations et récolter des données sur nous. Par ailleurs, dans les deux hypothèses, sachez que si vous pensez que nous sommes ennemis aux Jokers, vous vous trompez. À titre de preuve, nous vous avons envoyé Émeraude, qui est un membre précieux de notre organisation, pour qu’il nous permette de discuter, plutôt que pour vous abattre.
     Ceci étant dit, vous essayez de masquer vos intentions, et cela nous déplaît. Notre travail est le commerce d’informations, ce qui signifie que pour alimenter le marché, vous devez nous fournir des informations. La première de ces informations étant une description exacte, précise de votre objectif. Nous concevons cependant qu’il est un peu inconvenant de vous demander cela alors que vous êtes encore sur votre lit d’hôpital. Vous pouvez sortir en la compagnie d’Émeraude et lui expliquer comme si vous étiez en face de nous, il est un bon compagnon et assez intelligent malgré ses manières de band… Hé !
 »
     La fin du texte n’était pas adressée à Swan. Agate demandait à Micky de faire mine de couper la communication, mais de laisser le microphone ouvert, pour qu’elle puisse continuer à saisir la conversation.
     « Bon, princesse, je te suis, donc. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Jeu 15 Nov - 16:03

A l'annonce de sa décision de me suivre, un léger malaise s'empare de moi. Je comptais profiter de cette journée pour refaire un peu ma garde-robe et demander au Centre Joker de s'occuper d'améliorer mon costume. J'ai besoin de gadgets, aussi. Ou de quoi me défendre même dans les situations les plus catastrophiques. Déjà que l'incident de Ghost Puncher m'a prouvé que mon équipement est inutile en situation de crise...

Bon, d'accord. Je vais demander à sortir.

J'appuie sur le bouton d'appel, et me lève, m'appuyant sur ma canne. Pour une fois, elle ne sera pas qu'un accessoire de mode d'un autre temps. L'infirmière arrive, et comprenant ce que je me prépare à lui demander, s'oppose d'avance à mes voeux.

Je... Je ne peux pas vous laisser faire. Je ne peux pas vous laisser sortir, pas déjà. La blessure pourrait se rouvrir, et...

Je retire le pansement sur le cathéter, puis l'aiguille en elle même.

Apportez les papiers de décharge. Je voudrais partir au plus vite. Mon ami ici présent a besoin de mon avis de Joker sur un cas. Au plus vite.

Elle hausse les yeux au ciel, puis s'en va me chercher ce que je lui demande. Profitant de son absence, je fais sortir l'Emeraude de ma chambre et me rhabille, avant de rassembler mes affaires. J'enfile ensuite mon masque, et m'en vais le rejoindre à l'extérieur. L'infirmière s'y trouve elle aussi, accompagnée du docteur, les papiers à la main. Encore une fois, ils essaient de m'empêcher de sortir. Sans succès. La balle est extraite, la blessure recousue, si il y a le moindre problème, j'irai me refaire soigner. Je signe les papiers, glisse mon numéro dans la main de l'infirmière et, aidée du colosse, je quitte les lieux.

Une fois dehors, j'appelle un taxi et nous nous dirigeons à mon Domicile. Autant passer les détails sur les escaliers que je peine à monter... Ni sur l'état de mon domicile... Plus sale que jamais. Les cadavres qui devaient s'y trouver ne sont plus là, seuls leurs os jonchent le sol... Et mon familier est là, en boule, sur son perchoir, un peu plus épais que jamais. Au moins, il m'évite d'horribles odeurs. Enfin, pires que celles qui envahissent les lieux actuellement. D'un mouvement de la main, je lève les squelettes et les fais quitter l'immeuble, les envoyant marcher jusqu'à la rivière la plus proche, sans relâche. Ensuite, j'allume des encens, un peu partout dans mon domicile.

Je dois avouer que je n'avais pas prévu de me faire tirer dessus quand j'ai laissé mes jouets ici. Heureusement que mon oiseau a dévoré leur chair, vous n'avez pas idée de l'odeur qui aurait envahit les lieux à notre retour... Il me faudrait vraiment investir dans un congélateur pour conserver un ou deux corps chez moi. Enfin bon, vous voulez vous assoir ?

Je ricane, puis me dirige vers le réfrigérateur. J'en sors une paire de bières, les ouvre, et les pose sur la table. Pendant qu'il s'installe sur un fauteuil, je m'allonge sur mon sofa.

Donc vous voulez plus de détails sur l'objet de ma recherche ? Hmmm... Je n'en déborde pas. Déjà, elle a la vingtaine, n'est pas née dans une maternité mais dans un laboratoire. Elle est issue d'une... comment ils appellent ça... DIF ? VIF ? Non... Une... Ah, oui ! FIV ! Elle n'a donc pas de parents à proprement parler. Ce sont juste des graines qui ont germé dans le mauvais pot. Ensuite, elle est forcément dotée. Sinon, le laboratoire s'en serait débarrassée. Elle doit me ressembler physiquement, si elle n'a pas coloré ses cheveux. Sans les runes bien entendu. C'est tout ce que j'ai pu réunir.

Pendant qu'il fixe la boisson, je saisis la mienne et en avale une gorgée.

Ce n'est pas un filtre de vérité, ni une potion de mort. Juste une bière. J'ai laissé la nécromancie mixologique de côté il y a bien longtemps. Trop d'efforts pour un rendu bien inférieur à ce que mon pouvoir me fournit. Et puis, ça ne plaisait pas à la concurrence. Enfin bon.

Je bois aussi une gorgée dans sa bouteille.

Voyez ? Rien à craindre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Ven 16 Nov - 12:43

     Le moins qu’on puisse dire sur l’état mental de Micky, c’était qu’il n’était pas du tout rassuré par la tournure des événements. Bien entendu, tout cela était sous contrôle et en accord avec le plan établi par Agate, mais celle-ci l’avait aussi informée qu’il n’y aurait pas de plan de secours. Il aurait été plus dangereux, estimait-elle, d’établir une surveillance étroite de la maison d’un Joker, et de mettre sur pied une équipe d’intervention pour sortir Micky de là, que de le laisser se débrouiller. Médiatiquement, il serait un peu embêtant qu’on sache que l’Opale avait les moyens de faire une descente chez un défenseur de la loi et de la justice pour le massacrer.
     Il avait un couteau, son pistolet à silencieux, et en face une vieille bique amochée. En cas d’urgence, estimait Micky, il pourrait toujours s’en sortir. Toutefois, la confiance qu’il pouvait tirer de sa propre force était assez limitée, car il était du genre à travailler en groupe, et à se reposer sur la force de la collectivité plutôt que la sienne propre. Ce trait commun avec Agate avait été une des raisons supplémentaires qu’elle avait retenu pour le recruter.
     Il se montra donc prudent, vigilant, et mutique. Enregistrant les paroles de Swan moins pour leur contenu que pour analyser les potentielles menaces qu’il y trouverait. Et en effet, il attendit qu’elle goûtât la bière avant de faire de même.
     Il ne put du reste pas manquer de se fendre d’un trait.
     « Hé bien, je m’attendais à autre chose qu’un après-midi bière et viande faisandée venant d’une princesse vampire. »

     Celle qui s’intéressait à la conversation, c’était plutôt Agate. Swan venait de dévoiler son envie réelle de retrouver sa fille, ce qui était un progrès, mais il y avait encore du mystère dans ses intentions. Pourquoi avoir utilisé un moyen aussi dérobé pour les contacter, plutôt que de prendre un rendez-vous normal ? Était-ce un test ? Une dissimulation de son identité de Joker, et dans ce cas, la vraie mission qu’elle leur proposait était-elle illégale ? Et si c’était le cas, pourquoi avoir emmené Micky chez elle ? Tactique ? Abandon de son plan ? Imbécillité ? Les trois à la fois ?
     Et bien entendu, quel était cette chose « grandiose » qu’elle voulait construire ?
     Elle envoya un message à Micky, après avoir passé une petite demi-heure à cogiter, entre le moment où Swan trempait ses lèvres dans la bière et celle où elle reposait le verre sur sa table, et l’avoir tapé à toute vitesse pendant que Micky ironisait et buvait sa propre gorgée.
     « Ah, attendez, j’ai un message. »
     Il le lut. À la fin, il comportait une mention : N’oublie pas que l’enregistrement est sensé être coupé. Essaye de te débrouiller tout seul à partir de ça, tu connais nos intérêts.
     « C’est rien, on m’a envoyé le rapport d’une autre affaire. »
     Il posa son portable, écran contre la table, pour qu’Agate puisse avoir une meilleure réception.
     « Bon, bref. Venons-en au vif du sujet. Vous avez parlé de quelque chose de grandiose que vous voudriez construire, et de votre fille, bon. Il va de soi que si les deux histoires ne sont pas liées, on peut bien entendu passer contrat pour vous aider à retrouver votre gamine, mais vous devez comprendre que ça passera forcément au second plan par rapport à ce projet. S’ils sont connectés, alors on fera de notre mieux dans les deux. On en jugera. Et pour savoir quelle doit être notre position par rapport à vos deux projets de travail avec nous, on doit savoir ce qu’il en est de ce projet. Après, on verra comment vous comptez régler la note. En espèces… en services, en informations… Je ne vais pas vous embêter avec ça tout de suite. »[/color]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Ven 16 Nov - 15:01

Je fixe l'appareil mobile un petit moment. Pourquoi avoir choisi ce moment pour le poser sur la table ? Et quelle est cette histoire d'"autre affaire" ? Pourquoi m'en parler ? Mon cher "Emeraude", vous venez de faire l'erreur que j'attendais. De soulever les questions que j'aurais dû me poser depuis le début. Je me redresse, dirige ma main vers ma bouteille, et la renverse en l'attrapant. Elle tombe, et son contenu va pour se déverser sur le téléphone... Que j'attrape avant qu'il ne soit trop tard. Je le fais sauter dans ma main, puis le tend au colosse. Au moment où celui-ci le touche, je le tire vers moi, et pose le combiné contre mon oreille.

J'aurais vraiment aimé entendre la voix de la personne de l'autre côté de la ligne... Ma curiosité me pique, c'est affolant. Je pourrais essayer de vous menacer, je suis chez moi et en posture de le faire. Je pourrais vous supplier si je n'avais aucune estime de moi. Je pourrais aussi enquêter, longuement, sur vous, sur ce téléphone, après vous avoir arrêté et avoir confisqué vos bien.

Il met la main dans sa poche et s'arrête net quand je lève mon index et l'agite de gauche à droite.

Tut tut tut ! Vous êtes vraiment tendu, mon cher. Vous pensez bien que je ne ferais pas ce genre de choses si je n'avais pas le moindre avantage tactique... J'attire votre attention sur l'oiseau posé sur son perchoir, juste là.

Je tends mon doigt vers mon familier. Ses yeux sont d'un violet luisant, et tous les muscles de son corps sont tendus. Il est prêt à se jeter sur mon invité.

Si vous pensez à me tirer dessus, récupérer votre téléphone, et partir, sachez que vous risquez simplement de lui offrir l'occasion de dévorer votre cadavre... Et le mien si vous ne ratez pas votre tir. Mais là ne sont pas mes intentions, je vous le répète. Je trouve juste peu correct de votre part d'essayer de me duper de la sorte. Enfin...

Je pose le téléphone, écran vers le haut, et le fais glisser jusqu'à l'autre extrémité de la table.

Bref. Ledit projet. Je ne peux pas vous dévoiler quoi que ce soit à ce sujet sans avoir la garantie que rien ne fuitera à ce sujet. Rien. Du tout. J'ai besoin de votre entière collaboration, et de toute votre discrétion. Jamais aucune mention de cela à qui que ce soit. Dites-le à vos supérieurs. Si ils acceptent, je vous expliquerai tout dans les détails. Quant à la façon dont je vous paierai... Je pense qu'une fois le projet expliqué, nous pourrons discuter de ce que vous avez à y gagner.

Mon oiseau s'envole, et vient se poser sur mon épaule. Je lui caresse le dessous du cou, observant l'homme en face de moi. Comprendrait-il enfin ? Que si il est ici, c'est pour que lui et son organisation comprennent que je ne les crains pas. Que si je les sollicite, c'est uniquement parce que je veux me faciliter la tâche ?

A mon tour d'attendre votre réponse.

Je tends mon doigt vers son téléphone.

Allez-y. Faites passez l'information. A moins que vous n'en ayez pas... besoin ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Ven 16 Nov - 22:38

     Surprenant, mais révélateur. Micky savait gérer la surprise. Il était déjà un bandit quand Agate m’était encore qu’une écolière. Ce n’allait sûrement pas être Swan qui pourrait réellement l’impressionner. Il serait faux de dire qu’il n’avait pas peur, car en vérité, il était terrifié, mais il savait que réagir autrement qu’en affichant le plus profond calme n’arrangerait en rien la situation. Il eut un souvenir bref de ses années d’enfance, où il était un petit trafiquant de drogue, et eut plusieurs accrochages avec de plus gros poissons que lui. Dans ces cas-là, il fallait suivre les conseils de Teddie : manier un gros bâton et parler doucement.
     En l’occurrence, le gros bâton était la simple présence d’Agate dans la pièce et sa paranoïa sécuritaire. Un vieux truc de bureaucrate, qu’elle avait appris dans le monde des affaires. Un bon moyen pour reprendre le contrôle sur une situation était le la geler en mettant en place un dispositif de « prévention des risques » excessivement élaboré et conçu spécifiquement pour faire perdre du temps.

     De son côté, Agate avait encore passé un temps intérieur long à réfléchir sur la situation. Elle avait trop utilisé son pouvoir pour aujourd’hui, et savait qu’elle ne tiendrait pas beaucoup plus, donc quoi qu’il en était, le répit qu’elle allait s’offrir était plus que bienvenu.
     Swan avait prouvé qu’elle était une menace. Agate avait un type de raisonnement que lui avait inculqué son père ; typique de la morale militaire et religieuse américaine : au combat, le premier rôle d’un soldat n’est pas d’infliger autant de dégâts à l’ennemi que possible, mais faire en sorte que parmi les siens, le moins possible soient blessés. Un soldat pouvait se sacrifier, un général pouvait demander à ses troupes de lancer une opération suicide, mais à la condition que cela serve à protéger autant d’autres soldats ou de civils que possible, et certainement pas à chercher la gloire, ou à étancher sa soif de sang.
     Sa priorité absolue était donc de mettre Micky en sécurité. Les ressources humaines sont quelques chose de très précieux, surtout pour une organisation ayant beaucoup plus de contacts, de clients et d’amis que de membres à proprement parler.
     Agate avait dû, pour se soumettre à l’exigence de rigueur du raisonnement, réfléchir à l’option inverse : laisser Micky dans cette situation et répondre à une démonstration de force brute par une autre. Il serait en effet aisé de profiter de sa convalescence, alors que, quand il y aurait une prochaine rencontre, Swan aurait eu le temps de se remettre sur pieds. D’un autre côté, son oiseau avait déjà prouvé que tenter d’avoir l’ascendant physique n’allait pas forcément être aisé. Aussi et surtout, ce serait parfaitement inutile. Swan n’avait d’absolument rien dont l’Opale eût besoin.
     Il était donc préférable de sanctionner son agressivité par une procédure, et ainsi conserver l’initiative – ne dit-on pas qu’un ennemi qui n’est que dans la réaction a déjà perdu ? – plutôt que de perdre un avantage tactique temporaire, inexploitable et inutile. En d’autres situations, face à un vrai ennemi, justement, la question se serait posée. Ce n’était pas le cas ; Swan n’était en rien une ennemie à proprement parler.

     Micky reçut un message. Il disait : Fin de la conversation, rentre en sécurité. Il le lut, rangea son portable, et se leva. Il aurait eu plusieurs choses à dire, mais ce genre de phrase était clair et impliquait la tenue d’une procédure de sécurité sur laquelle Agate avait insisté : pas de bavardage. Ne parlez pas plus que ce qui est extrêmement nécessaire. Elle avait appris tout cela à la dure, auprès des mafieux latinos qui passaient littéralement leur temps à bavasser. Les babillages les plus anodins recèlent souvent les informations les plus utiles. Il ne devait rien dire de plus que les mentions habituelles. Ni expliquer son départ, ni rien.
     « Bon, hé bien. Merci pour la bière. Je dois y aller. Procédure de sécurité. On vous recontactera. Peut-être. Ou peut-être pas. Moi ou un autre. Quand on le voudra bien. D’une manière ou d’une autre. Ou pas du tout. »
     Il connaissait la sortie, et partit donc. Bien entendu, il plaça son téléphone dans le boiter en plomb, fut suivi par des agents de l’Opale qui s’assurait que rien ne lui arrivaient, pendant que d’autres rôdaient autour de la maison de Swan pour vérifier ses allées et venues – ce qui allait désormais devenir une pratique permanente, vingt-quatre heures sur vingt-quatre –, et il utilisa plusieurs modes de transport différents pour se rendre à son domicile.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 105
Inné


 : B

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Lun 19 Nov - 22:42

L'homme ayant libéré les lieux, le calme se fait dans mon appartement. Tout de viens tellement silencieux... Seul les gouttes de bière souillant mon tapis petit à petit viennent troubler cette nouvelle quiétude. Je l'aurais bien retenu, mais cela aurait été un aveux de faiblesse. Terrible. Cela aurait leur offrir un moyen de me tenir. Tout comme ce qu'ils auraient pu apprendre.

Néanmoins...

Oui.

D'un mouvement d'épaule, je donne de l'élan à mon familier qui retourne sur son perchoir, puis quitte le sofa pour aller chercher une éponge. En passant, mon regard se pose sur mon tapis... Fichu, je pense. Enfin... On le mettra avec les serviettes de bain à la prochaine machine. On ne sait jamais, ça m'aiderait à préserver quelques pièces. Préserver quelques pièces... Depuis-quand me suis-je mise à penser comme une pécore des bas fonds ? J'essuie ma table, jette les bières, et m'installe à mon bureau. Du tiroir, je sors une plume d'oie et de l'encre, ainsi que du beau papier à lettre.

Alors comme ça, pour se rapprocher de leur chef, il faut du gros dossier ? Alors, on va s'y mettre. De suite.

J'hésite un instant, puis couche tout sur papier. Tout.

Chère Opale,

Ce qui va suivre cette courte introduction est de l'ordre de l'extrêmement confidentiel. Aussi, je compte sur votre discrétion. Cela peut rapporter énormément, que ce soit en terme d'argent, d'influence, d'informations, mais aussi en terme de qualité de vie. Bien que je me doute que vous n'êtes pas à plaindre sur ces domaines là, ce que je vise offrirait à nos deux organisations une forte légitimité et une assise des plus dominantes sur cette ville... Et donc sur les héros qui la peuplent.

Sachez que je vise la mairie dans un premier temps. Puis le poste de sénatrice. J'ai besoin de retrouver une réelle influence sur ce monde, et seule la vie politique me le permettra réellement. Enfin... Ceci ne sera que la partie émergée de l'iceberg. Derrière tout ça doit naître de quoi contrecarrer définitivement le centre Joker, lui offrir une force face à laquelle il ne pourra rien, face à laquelle il devra accepter de
sortir de ces principes.

Pour cela, il faudra recruter bon nombre de criminels, d'outsiders, et de personnages emblématiques de la lutte contre les pouvoirs en place. En jouant bien nos cartes, je pourrai longtemps continuer à jouer sur les deux tableaux, tout en favorisant celui qui est le moins avantagé dans l'équilibre. L'idée serait de tirer un parfait profit de cette situation. En bref, peu à peu, de nous mettre le plus de structures importants possibles dans la poche, d'y infiltrer des membres, et de tenir l'équilibre du pays dans le creux de nos mains.

Si vous souhaitez me contacter pour donner suite à ce projet, sachez que je suis à votre entière disposition.

Je me relis, une fois. Une autre. Encore une. Oui, c'est parfait. Je plie la feuille en trois, la scelle avec une fine couche de cire blanche, que j'étale. Des deux côtés. Impossible d'ouvrir la feuille sans la casser. Puis je range ma lettre dans une enveloppe que je scelle ce coup-ci à la cire rouge. J'y appose mon sceau, une succession de runes, semblables à celles qui parcourent ma peau. Le plis bien fermé, je le glisse dans une pochette rigide à la bonne taille, et plonge ladite pochette dans mon sac.

Enfin, mes obligations de la journée accomplies, je me dirige vers ma chambre. Je retire mes vêtements, délicatement, exposant ma nudité à ma fenêtre. Devant moi, mon miroir me permet d'observer ma blessure. C'est moche, ça prend de la place... mais les runes se sont reconstruites par dessus. Petit à petit, elle disparaîtra, laissant ma peau intacte. Pendant que je contemple mon corps jeune à jamais, une idée sombre ma traverse l'esprit... Et si... Peut être. D'un coup de poing, j'enfonce la commande de fermeture et me cache sous les draps. Si ils ont mis mon chez moi sous surveillance permanente, j'en connais qui se sont rincé l'oeil...

Chassant de mon esprit ce détail, je me cache sous mes draps. Rapidement, Morphée m'emporte, me laissant sans défense, aux prises avec mes songes.

Ce sont les rayons du soleil, filtrant au travers de fines failles de mon volet, qui me réveillent. Quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je dormi ? Je regarde mon téléphone, deux appels en absence, trois messages... Sans guère y prêter plus attention, je me dirige vers ma douche, m'habille, rassemble mes affaires et quitte mon domicile.

J'erre longuement dans les rues de Laurel, mon portable dans une main, mon sac sur l'épaule. Finalement, je me laisse tenter par un café dans une petite échoppe. Un double, avec une tonne de chantilly, de la cannelle, et de la vanille. Le serveur me regarde, étonné, lorsque je donne mon nom pour retirer ma commande. Pourquoi lui ai-je donné mon nom de jeune fille ? Mon nom d'avant ? Peut être pour que l'Opale en entende parler. Peut être pour que Elwina la Reine Morte suffise à leur faire comprendre qu'ils ne jouent pas avec un Joker, ou une capricieuse quelconque.

Avalant mon café, je passe la main sur ma lettre dans mon sac, guettant mon téléphone. Contactez-moi... Que je vous remette cette lettre... Allez, les enfants... Faites moi devenir la Déesse de Mort que j'étais.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate) Aujourd'hui à 12:48

     Swan était en effet sous étroite surveillance, mais rien qui ne s’approcherait du voyeurisme, ou de l’infraction claire dans sa vie privée. Il ne faudrait pas qu’une cible puisse tenter quelque action légale que ce soit contre un observateur un peu trop zélé, ou que l’Opale soit mise dans une situation gênante après qu’un de ses agents ait été découvert.
     Bien qu’assez distante, lu surveillance de l’Opale ne le fut pas assez pour ne pas entendre le nom que Swan avait utilisé. À cela, Agate avait lancé une remarque que Micky avait trouvé très juste : « 
Ces noblaillons, ils ont plus de noms et de titres que de cheveux. » Ceci mis à part, il y eut bien entendu des recherches intenses faites sur ce nom. Swan ne l’avait sans doute pas prononcé à la légère, il devait signifier quelque chose de précis. Il était même tout à fait possible qu’elle se soit ainsi adressée à eux par une voix détournée.
     Agate détestait faire ce que l’autre voulait qu’elle fasse. Swan les avait pourtant poussé à rechercher qui était la Reine Morte. Au regard de ce qu’ils découvrirent, il était évident que c’était un appel du pieds pour entrer à nouveau en contact. C’était déjà prévu, à vrai dire. Plus pour le plaisir de l’emmerder et lui faire comprendre qu’elle ne pourrait pas diriger ses actions, Agate attendit les trois jours réglementaires, puis quatre de plus. Une semaine complète avant d’envoyer Micky.

     Bien entendu, l’Opale avait repéré là où elle faisait ses courses. Ce fut entre deux rayonnages que Micky la croisa.
     « 
Bonjour bonjour. Vous allez bien ? »
     Passés les salamalecs d’usage, Swan lui remit une lettre. Elle était scellée, ce qui signifiait qu’elle était adressée à Agate elle-même, et connaissant celle-ci, elle n’accepterait pas qu’on ouvre le courrier qui lui était destiné. D’un autre côté, il était le responsable de cette affaire, et donc devait logiquement être tenu au courant de tout ce qui y avait trait.
     Agate avait mis du temps à expliquer à ses agents que les règles qui s’appliquaient à elle ne s’appliquaient pas à eux. Elle leur répétait en boucle que pour faire son travail correctement, et donc s’assurer de la sécurité physique et financière de ses agents, elle devait impérativement tout savoir, même, surtout les plus insignifiants détails. À l’inverse, ses agents ne devaient pas tout savoir sur leur affaire, et encore moins sur l’ensemble des opérations menées par l’Opale, pour mener leurs opérations à bien. Ils pouvaient être capturés, interrogés, manipulés pour lâcher des données à l’insu de leur plein gré, et ainsi de suite. Cela avait par ailleurs une certaine logique qui finissait par être comprise si on expliquait suffisamment longtemps et lentement : Agate ne mettait jamais un pied sur le terrain, et ne risquait rien, de même pour ses savoirs, alors que ses agents étaient en première ligne.
     Micky décida de lui laisser l’ouvrir. Ce serait à elle ensuite de décider si il était bon qu’il sût son contenu. Il remercia Swan, et la quitta. Il n’y avait rien d’autre à faire avant que cette nouvelle information fût analysée, décortiquée, soupesée, comparée et qu’une décision soit prise.

     Agate remercia Micky pour son respect des règles opératoires de l’Opale. Comme elle disposait de la soirée devant elle, elle n’utilisa pas son pouvoir, et se contenta d’un crayon, de feuilles de brouillons et d’un bureau, pour décortiquer ce texte. Avant de toucher à cette lettre, elle mit des gants. On était face à une pièce à conviction, ni plus ni moins. Les empreintes de Micky n’avaient touchées que l’enveloppe, qui fut brûlée.
     « Chère Opale, Ce qui va suivre cette courte introduction est extrêmement confidentiel. »
     Il ne saurait en être autrement. Il était bon que Swan comprenne que le secret était un outil à privilégier sur tous les autres. C’était une condition sine qua non de leur coopération.
     « Bien que je doute que vous n’êtes pas à plaindre sur ces domaines-là »
     À qui s’adresse-t-elle ? À qui croit-elle s’adresser ? En tout cas, la manœuvre est typique de la noblesse, pour que les questions purement matérielles sont impures et inintéressantes. Agate se moquait bien du prestige, de la gloire, de l’honneur, mais beaucoup moins du pouvoir et de la richesse. Elle était une capitaliste, avant tout. Ceci dit, si Swan voulait obtenir toutes les récompenses immatérielles et laissait à sa collaboratrice les récompenses matérielles, il y aurait là un terrain d’entente idéal.
     « sur les héros qui la peuplent. »
     Intéressant. Elle confirmait son statut de transfuge, et donc la méfiance extrême qui devait lui être vouée. Une méfiance plus grande qui si elle était une véritable Joker, mais qui voulait faire appel à l’Opale pour remplir sa mission de justice plus efficacement qu’en suivant dogmatiquement le cadre de la loi. Il est très aisé de comprendre quelqu’un qui a des principes, ou même un objectif clair. Par définition, un traître a des objectifs flous et changeants, et est un danger énorme. Qui a trahi trahira…
     « je vise la mairie dans un premier temps. Puis le poste de sénateur. »
     Agate ne s’était jamais vraiment intéressée à la politique. Elle estimait peu sérieux de s’y mêler avant d’avoir passé 45 ans, de s’être mariée et d’avoir eu des enfants pour incarner les valeurs familiales protestantes des États-Unis, et d’avoir amassé assez de fric et de pognon pour alimenter ses campagnes. Une princesse vampire médiévale serait en revanche un candidat tout à fait intéressant. Une fois à la mairie, l’Opale y placerait ses agents un peu partout, et pourrait ainsi acquérir une expérience politique. Agate s’y connaissait du point de vue théorique ; elle était une grande admiratrice d’Elbridge Gerry et de la famille Bush, qui en terme de forfanteries électorales et de techniques de trucages légaux étaient des pionniers dans le domaine. Si on ajoutait la réputation de Joker et la fortune de Swan à celle d’Agate et à son réseau qui pouvait influencer et saboter à loisir, on obtenait effectivement une équipe de choc. Il ne manquerait plus qu’un ponte du Parti Républicain, pour avoir en plus une assise électorale déjà prête.
     « Derrière tout ça doit naître de quoi contrecarrer définitivement le centre Joker »
     Encore une fois, Swan avançais masquée. Elle ne pouvait pas vouloir emmerder les Jokers pour le plaisir de les emmerder, cela n’avait aucun sens. Elle devait avoir un but derrière, et pour le remplir, aucun justicier ne devait se mettre sur son chemin. Il s’agissait donc d’opérations hautement illégales. Ce serait à surveiller avec attention. Agate n’avait rien contre les Jokers. Elle était une capitaliste opportuniste : peu importe les conditions, elle trouverait toujours un moyen de faire du pognon. C’était son discours sur la loi du marché ; celui-ci évolue en permanence et il fauts’y adapter, et non faire comme les socialistes et essayer de l’adapter par la force à sa propre vision du monde.
     Le dernier paragraphe était un embrouillamini fantasmagorique, tout au plus. Une sorte de projet au long terme mal défini, où les places de l’Opale et de Swan n’étaient pas claires. Elle voulait, semblait-il, mettre la main sur la démocratie américaine et diriger la vie politique et économique du pays, en faire un État-bandit où la non-loi serait loi. Une sorte de dictature basée sur la force et des milices privées de voyous sous le contrôle de l’Opale et de Swan.
     Agate se refusa d’émettre un avis sur ce projet à long terme. Dans le fond, tout cela ne l’intéressait pas. Elle avait des motivations bien plus simples. Devenir riche, rester riche et devenir encore plus riche. Le rêve américain, détourné et perverti par le banditisme certes, mais toujours là. Tout le reste n’était que des moyens pour arriver à cette fin.

     Malgré ces divergences, l’ambition de Swan se révéla bien assez intéressante pour qu’Agate décide de continuer le contact. Bien entendu, elle n’allait toujours pas la rencontrer en personne. Maintenant qu’elle disposait d’une lettre manuscrite avec des empreintes digitales, Agate pourrait, à n’importe quel moment, envoyer la police arrêter sa partenaire. Il fallait que l’inverse ne soit jamais vrai, bien entendu.
     Micky, jusqu’ici, s’était très bien acquitté de son travail. Elle l’envoya la voir – après avoir encore attendu trois jours depuis la réception de la lettre. Il vint taper à la porte de Swan. Après tout, il y était déjà entré, donc la discrétion du lieu était déjà compromise.
     « 
Hé bien, dites, ça a plu, votre papier, là. On est d’accord. On va vous aider. À l’heure ou je vous parle, on est déjà en train de commencer à travailler la question. Pour l’instant, il faut qu’on voie plusieurs choses ensembles. Déjà, vos ressources financières, vos alliés politiques, comment on va vous présenter au public, et vous faire entrer dans un parti, aussi. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Opals are forever (Swan x Agate)

Revenir en haut Aller en bas

Opals are forever (Swan x Agate)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Heroe's SUP :: La ville :: La ville basse-
Partenaires
dabberblimp"

Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forumactif.com