AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  



Partagez|

Une série de gestes simples [Naya, Agate]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Une série de gestes simples [Naya, Agate] Sam 10 Nov - 22:42

     Le quotidien de la prison fut quelque peu troublé par l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire. Toutefois, ceux dont les routines furent impactées ne furent pas les prisonnières – car au vu du sexe de la nouvelle, elle avait été transférée dans la partie exclusivement féminine du système pénintencier de Laurel –, mais plutôt l’administration carcérale – et à travers eux, une petite fraction des prisonnières.
     Il serait approprié de détailler l’arrivée pour en comprendre les enjeux divers et variés qu’elle soulevait, au sein de plusieurs groupes d’intérêts, aussi opposés qu’alliés.
     Le portail ceint de deux miradors s’ouvrit, les barrières se levèrent un convoi blindé entra, après que la parade de vérifications de sécurité se fut achevée. Jusqu’ici, seul le personnel pénal était au courant. Une prisonnière, dans la cour extérieure, remarqua le carrosse de la la nouvelle venue. Il n’y adressa qu’un regard furtif : les transferts de prisonnières étaient chose commune, et il étaient encore bien trop tôt pour en avoir quoi que ce soit à foutre.
     Les soupçons commencèrent une petite heure plus tard. À ce moment, tout le monde était au fait qu’une nouvelle série de pensionnaires allait les rejoindre. Il se trouve que personne ne vint. Une prisonnière en assez bon terme avec ses gardiennes leur demanda la raison de cette absence. On lui répondit la vérité, qui était aussi la version officielle : étant une personne à haut risque, elle était envoyée directement dans l’unité de confinement spéciale.
     Rien de très étonnant en soi. Dans cette ville pleine d’alter-humains, c’était là leur place évidente, étant donné le danger qu’ils représentaient pour leurs codétenus, comme pour eux-même, bien souvent.

     En revanche, si le commun des prisonnières allait s’arrêter là sur la question, quelques-unes d’entre eux trouvait cela sinon suspect, au moins intéressant.
     Ces prisonnières étaient des membres de l’Opale, pour peu que cela veuille dire quelque chose. Cette organisation, pas vraiment criminelle, mas pas non plus très légale, avait tissé sa toile de réseaux d’informateurs partout où elle le pouvait. Bien évidemment, étant donné qu’elle travaillait avec des personnes peu recommandables, plusieurs de ses clients et amis avaient fini au frais. C’était d’ailleurs très bien, car une prison, c’est bien connu, est moins un lieu pour redresser la lie de la société qu’un quartier d’opération pour lui permettre de se régénérer, de faire entrer en relations ses membres et de leur servir de terrain d’entraînement et de recrutement.
     La prison de Laurel était un véritable nid d’espions. L’Opale était d’ailleurs très loin d’être la seule organisation à y avoir des agents, et en l’occurrence, elle n’était ni la plus connue, car elle avançait toujours masquée, ni la plus influente, car elle était bien jeune et était moins versée dans la criminalité au sens strict que dans la revente d’informations. Elle était par contre une de celles qui s’entendait le mieux avec les gardiens, en raison sans doute de son caractère peu ouvertement transgressif.
     Une des matons faisait par ailleurs partie de l’Opale. Toutefois, avant de continuer, il serait bon de décrire un peu en détail le fonctionnement de cette organisation. À part une poignée de fidèles triés sur le volet qui servaient d’hommes de main et d’exécutants, l’Opale, ce n’était pas, justement, une organisation, mais une personne, plus son réseau de connaissances et de clients. L’Opale avait ses coutumes, ses procédures, ses rites, ses arcanes, ses objectifs, sa hiérarchie, mais il serait très incorrect de la décrire comme un groupe d’influence ayant une existence réelle. C’était là d’ailleurs sa force : ceux que l’Opale utilisait pour arriver à ses fins ne connaissaient de l’ensemble qu’une infime fraction ; uniquement celle qui était utile à la mission qu’on voulait leur confier. Éliminer un de ses membres pour l’affaiblir n’avait aucun sens, car elle n’avait pas de membres. Elle n’avait que des alliés. Car l’Opale n’était pas une organisation, mais une personne.
     Par commodité lexicale, on peut toutefois bien dire que l’Opale avait des membres. Cette gardienne avait accès à la partie de la partie en confinement, selon ses roulements avec le reste de ses collègues. L’Opale ne voulait que du savoir. Elle payait pour cela. Elle allait donc leur donner du savoir ; qui était cette nouvelle arrivante, et si elle avait le moindre intérêt.
     Cette gardienne, qui s’appelait Emilia Jones, n’était pas une criminelle, ni impliquée dans une affaire sordide, ni une pourrie, et on ne menaçait aucun membre de sa famille. L’Opale lui avait déjà rendu des services : des prisonniers qui en étaient des membres lui avaient donné des informations sur d’autres détenus qui préparaient un sale coup, elle avait utilisé ce savoir pour mettre fin à une tentative d’évasion, et avait été récompensée. Dans le microcosme carcéral, les gardiens apprennent vite que pour bien faire leur métier, ils doivent avoir des alliés. De même que les prisonniers apprennent qu’ils doivent avoir des alliés pour que leur séjour ne soit pas un enfer.
     Elle se renseigna sur Twins K et transmit l’information de sa capture à un membre de l’Opale parmi les prisonnières, qui était désignée sous le nom d’Amazonite, et à un autre qui vivait dans Laurel – qu’elle n’avait évidemment jamais vue, et qui n’était d’ailleurs pas une seule personne, mais plusieurs, toutes prenant le nom de Pierre-de-Lune pour entrer en contact avec la gardienne.
     Pierre-de-Lune transmit l’information à Agate. Celle-ci, pour une raison qui n’eut et n’a pas à être expliquée, jugea cette donnée comme étant d’une importance vitale. Elle transmit la directive qui suit à Pierre-de-Lune :
     Twins K est désormais à considérer comme une cible d’intérêt prioritaire. Je la veux assise dans mon bureau aussi vite que possible. Entrez en contact, informez-la de notre existence, et faites en sorte qu’elle nous apprécie, et nous soit redevable.
     Et derrière cette indication sibylline, un plan élaboré se mettait en place.

     En rentrant chez elle, un soir, dans son petit appartement de célibataire du centre ville, Emilia eut la surprise de voir un homme qui n’avait pas beaucoup plus que son âge, dans le couloir d’étage de son appartement, et qui semblait l’attendre. Un espèce d’Irlandais à veste en cuir, barbe de trois jours et cheveux blonds mi-longs.
     Il lui montra un pendentif, sur lequel était accrochée une opale.
     « Il faut qu’on discute. »
     Commentaire tout à fait superflu. C’était évident.
     « Oui, je m’en doute. Entrez, je vous en prie.
     – Merci.
     – Café ?
     – Oh, ce serait parfait, oui, merci beaucoup.
     – Lait, sucre ?
     – Mm… Vous avez de la chantilly ?
     – Oh, oui, je crois bien.
     – Merci. »
     Dès qu’ils furent tout deux servis, l’acolyte de l’Opale, qui se nommait Micky, mais se faisait appeler pour le moment Émeraude, entama les choses sérieuses.
     « Bon. On est très content de vous, cela va sans dire. Et on espère que c’est réciproque.
     – Oui, tout à fait.
     – Bien. On a un service à vous demander. C’est techniquement illégal.
     – Oh. Vous êtes plus direct que d’autres. Je crois que vous savez ce que j’ai dit à ce propos : du moment que je ne peux pas être accusée de complicité, je veux bien vous rendre service.
     – Oui, bien sûr, je ne remets pas du tout cela en question. Je vous explique : ll faudrait que vous remettiez un objet à Twins K, et que vous soyez capable de communiquer régulièrement avec elle.
     – La nouvelle prisonnière ? Ça va être compliqué. Elle est très surveillée, vous savez.
     – Vous pouvez faire en sorte qu’elle soit mise en contact avec quelqu’un d’autre sur une base régulière et non-surveillée ?
     – Clairement pas.
     – On se contentera de l’objet. Voyez avec Pierre-de-Lune, ou bien Amazonite pour les détails opératoires. Si ça ce trouve, ils sont déjà réglés à l’heure où on parle.
     – Entendu. Et en échange ?
     – Les rétributions habituelles.
     – Ah. Il y a un léger souci.
     – Ah ?
     – Vous me demandez d’être complice du retour en liberté d’une criminelle dangereuse. C’est nouveau pour moi… Je sais comment ça fonctionne, mais tout de même, je veux dire…
     – Oh. Je vois. Ne vous en faites pas, Emilia. L’objectif n’est pas spécifiquement de relâcher un criminel en ville. Elle le sera, avec ou sans notre aide, c’est une évidence. C’est une personne trop talentueuse, trop compétente, trop importante pour que des quantités d’autres organisations beaucoup moins gentilles que la nôtre ne soient pas déjà lancées sur elle. Vous ne pourrez pas la retenir. Si personne ne l’aide, ce qui est hautement improbable, elle se libérera elle-même. Maintenant, dites-moi : vous préféreriez qu’elle soit livrée à elle-même, qu’elle tombe dans les mains de vrais groupes de criminels, ou qu’elle soit sous notre contrôle ? »
     Ce genre de calculs amoraux avaient un certain écho chez Emilia. C’était d’ailleurs pour ce trait de sa personnalité que l’Opale l’avait choisie.
     « Vous avez raison. Je marche.
     – Très bien ! Vous aurez évidemment droit à un supplément. »
     C’était évidemment une forfanterie. Même en imaginant qu’elle en avait les moyens réels, jamais l’Opale n’aurait eu dans l’idée de faire de Twins K un toutou docile. C’était bien plus subtil que ça. Elle voulait en faire un allié, donc traité sur un pied d’égalité.

     Revenons maintenant à Twins K. À son arrivée, elle avait été défaite de ses effets et vêtements, et enregistrée dans le système administratif carcéral. Puis on l’avait accompagnée sous bonne garde jusqu’à sa cellule. Murs isolants et épais, porte scellée hermétiquement, sas de sécurité, blindage renforcé, aucune fenêtre, et pour tout mobilier des toilettes, un robinet, une chaise, une table et un lit.
     Sa routine allait être simple. Elle se levait, on lui apportait une nouvelle tenue et un petit-déjeuner, puis on l’escortait jusqu’aux douches, et après les dix minutes réglementaires, Twins K était autorisée à passer à la bibliothèque, avant qu’elle n’ouvre pour le reste de la prison. Là, elle pouvait y rester quelques minutes et emprunter un livre, et elle était ensuite raccompagnée dans sa cellule. À midi, on lui apportait un déjeuner, puis elle avait le droit à dix minutes de promenade digestive à 13h, et enfin, en soirée, un dîner, puis couvre-feu à 21h. Jamais elle ne rencontrait les autres prisonnières en confinement, qui suivaient le même emploi du temps, mais en léger décalé pour qu’elles ne se croisent jamais, et encore moins les autres prisonnières normales.

     Le plan de l’Opale pour lui faire passer l’objet était très simple. Un jour, alors que c’était à Emilia de se charger de la surveiller pendant sa promenade, celle-ci lui glissa une instruction : « Trouve un moyen de bloquer les chiottes. Des personnes veulent te voir dehors, et ont un plan. »
     C’était là quelque chose de relativement simple. Dès que ce serait fait, pour réparer les commodités, Twins K serait transférée dans une autre cellule une petite heure. La personne du service d’entretien, qui avait été recrutée dans le réseau de l’Opale, se chargerait alors de poser l’objet derrière les toilettes. Un geste simple. Tout le plan était une série de gestes simples, exécutés au bon moment, au bon endroit, par les bonnes personnes.
     À son retour, Twins K n’allait pas mettre longtemps pour trouver le paquet.
     Emballé dans du papier journal, il contenait une note et un téléphone portable, le genre de modèle de chantier, presque indestructible, mais aux fonctionnalités limitées. La note disait ceci :
     Bonjour.
     Je suis l’Opale. Vous ne me connaissez pas, mais cela n’a pas vraiment d’importance. Sachez ceci : je suis de votre côté. Je veux vous aider à sortir de là. Et je ne demande en échange que le privilège de pouvoir vous rencontrer, une fois que vous serez libre. Je crois que nous pourrons devenir de bons alliés.
     Je vous ai remis cette note, qu’il faudra bien évidemment supprimer, et ce portable, qu’il faudra cacher. Je vous fait confiance sur ce point. Il est réglé en sonnerie silencieuse, sans vibration, et luminosité minimale. Son autonomie est de cinq jours sans être rechargé. Il sera notre moyen de communication. Ne flinguez pas sa batterie, il n’est pas facile de vous fournir ce genre d’objet.
     Ne vous comportez pas avec la gardienne qui est entrée en contact avec vous comme avec une amie. Pour le bien de sa couverture, il est essentiel que personne ne puisse la suspecter, d’aucune manière.
     Je ne peux pas piloter votre évasion avec précision, donc plutôt que de faire un plan précis, mais où je ne peux contrôler ses aspects, et où donc chacun de ses composants est autant d’occasions d’échouer, j’ai décidé de vous laisser mettre au point votre propre plan. Demandez, que ce soit un objet, une occasion, un geste, et je ferai tout mon possible pour vous aider.
     Je ne suis pas un miracle, je suis une alliée. Mes capacités sont limitées, mais j’ai confiance en vous pour tirer le meilleur parti de toutes les perches que je pourrais vous tendre. Un bon moyen de coordonner nos actions serait que vous me décriviez votre pouvoir. J’essaierai de trouver un moyen de vous le faire recouvrer si vous l’avez perdu, et j’en informerai mes alliés.

     J’ai hâte de pouvoir vous rencontrer en personne.


Dernière édition par Agate Cairdiuíl le Dim 18 Nov - 21:36, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ PT. EXPERIENCE : 478
Inné


 : S

MessageSujet: Re: Une série de gestes simples [Naya, Agate] Sam 17 Nov - 15:20

Une série de gestes simples

« Chaque bonne réalisation, grande ou petite, connait ses périodes de corvée et de triomphe; un début, un combat et une victoire »
Agate & Naya

Dès qu’elle fermait les yeux, Naya revoyait la scène. Dès qu’elle fermait les yeux, elle se posait toujours la même question : comment cet usurpateur a-t-il pu les vaincre ? Elle ne comprenait pas. Comment son plan avait-il pu ne pas fonctionner. Cette chose n’était pas digne d’être une légende et, de ce fait, ne pouvait pas les battre. Il n’y avait qu’une légende qui le pouvait. En fait non, il n’y avait que la légende qui le pouvait. Pour eux, il n’y avait qu’une personne digne de ce titre. Et à cette pensée, Naya grinça des dents.

De plus, même si cela faisait seulement quelques jours qu’elle était en prison, elle avait déjà une très mauvaise réputation…

Mais cette mauvaise réputation ne s’était pas faite toute seule, il fallait l’avouer. Dans un premier temps, dès qu’elle arriva dans la prison pour femme de Laurel, elle fut directement transférée en isolement. C’était la première fois que les autres prisonnières ne pouvaient pas s’amuser avec une nouvelle. Cet évènement fit gueuler quelques anciennes. Dans un second temps, quand certaines avaient « la chance » d’être en isolement, elles comprenaient le pourquoi du comment ; Naya s’amusait à balancer ses affaires dès qu’elle entendait quelqu’un s’approcher. Et dès qu’une autre prisonnière essayait de lui faire la conversation, ça finissait en menace de mort avec des détails bien trop sordides pour un simple mortel.  

Chaque personne passant devant la cellule de Naya se demandait pourquoi elle était en prison ; sa place n’était pas ici, mais dans un asile psychiatrique. Personne ne pouvait la considérer comme une personne saine d’esprit. Heureusement pour tout le monde, plus les jours passaient, plus elle se calmait. Lentement, mais surement. À la place des hurlements, des menaces de mort et des bruits d’aluminium à toute heure, les personnes présentes dans cette aile pouvaient l’entendre parler toute seule. Entre la folie meurtrière et le dédoublement de personnalité, quel était le mieux pour eux et surtout pour elle ?

Alors qu’elle commençait à retenir sa routine hebdomadaire, Naya fut surprise qu’une gardienne lui parle. Elle ne connaissait pas son nom — et s’en fichait royalement, il fallait l’avouer —, mais celle-ci lui demanda de faire des actions particulières. Sur le coup, la criminelle ne comprenait pas le pourquoi du comment. Mais comme elle en avait marre de sa routine habituelle, lui obéir allait mettre un peu de piments dans sa journée.

Pour répondre aux attentes, Naya n’eut qu’une seule idée en tête : s’occuper de la tuyauterie à la manière de Kiyo. Elle savait très bien que dans ce genre de situation, sa seule réaction aurait été de péter les chiottes avec son épée. Malheureusement pour elle, la brune aux mèches roses n’avait ni la force de ce guerrier ni même son équipement. Elle devait utiliser sa seule arme, son cerveau. Cherchant pendant plusieurs heures, plusieurs jours sur comment accomplir cette action, elle décida de changer de stratégie. Si Kiyo ne pouvait pas l’aider, elle allait réfléchir comme Iwan. Il jouait, tout comme elle, sur l’intellect. Même si pour lui, le meilleur moyen de boucher des w.c., c’était de les remplir des intestins d’une femme…

En pensant à ça, la criminelle eut une idée : boucher les toilettes de nourriture. En accomplissant la première étape, accumuler assez de ravitaillements dans sa cellule pour pouvoir les boucher d’un coup, elle se posait de nombreuses questions. Si des personnes voulaient lui parler, ils ne pourraient pas le faire directement. Sa cellule était bien trop sécurisée. Peut-être allaient-ils la kidnapper pendant les réparations ? Peut-être allaient-ils — comme dans les films d’action — envoyer quelqu’un qui aurait le don de tout faire exploser ? Elle aurait la réponse en s’amusant à jouer les agents doubles.

Au bout de quelques jours, elle eut assez d’aliments pour accomplir sa première quête en solo : boucher les toilettes de sa cellule.

Lorsqu’elle fit cette action, comme elle s’en doutait, elle fut transférée dans une autre cellule. Elle attendit avec impatience l’arrivée de son prince charmant. Et contre toute attente, il n’arriva pas. Quand les toilettes furent réparées, la Twins K fut remise dans sa cellule avec un avertissement :

« Si tu refais une connerie de ce genre, on te laissera dans ta merde ! », annonça l’une des gardiennes en rigolant. « Avec tout ce que tu as fait, je ne sais même pas comment tu peux être encore en vie. », ajouta-t-elle en jetant l’ancienne adolescente dans sa cellule. Puis elle se tourna vers ses collègues. « Les monstres dans son genre, on devrait les tuer d’une balle dans la tête ! Ils ne méritent pas de vivre. », dit-elle en regardant ses collègues, sans faire attention à Naya.

À cette réflexion, Naya se mit à sourire. Cette gardienne pensait vraiment qu’elle était un monstre à cause de son pouvoir ? Elle qui venait d’enfermer, de menacer un être humain en rigolant. Quand elle la voyait, l’alter-humaine souriait. Elle affichait un sourire malsain. Et ce que Naya appréciait le plus, c’était le regard que cette gardienne affichait en la voyant : un mélange de peur, de fierté et de colère. Trois sentiments qu’elle avait appris avec ses compagnons infortunes.

Mais quand elle se retrouva seule dans sa cellule, elle vit quelque chose de particulier au niveau des toilettes. Quand elle s’y approcha, elle vit un paquet composé d’un papier et d’un téléphone. Lorsqu’elle regarda les deux objets, elle soupira. Tout ce bordel pour seulement un morceau de papier et un téléphone. Deux objets totalement inutiles pour elle. Toutefois, elle lut quand même la note.

La lecture de cette note était très intéressante : une personne de l’extérieur voulait la voir dehors, libre. Une pensée qui la fit sourire. Mais le plus intéressant, c’était la demande de cet « ami ». Il ne voulait pas que la gardienne soit suspectée par le reste de la prison. Malheureusement pour eux, cette demande était leur talon d’Achille. La Brune allait jouer sur cette information pour obtenir ce qu’elle voudrait. La prison ne lui faisait pas peur. Seule la solitude avait ce privilège. Et elle comptait bien remédier à ce problème.

Le plus important était ce téléphone. Que pouvait-elle en faire ? Peut-être utiliser l’appel d’un ami pour avoir un peu de compagnies dans cette cellule ? Pour y réfléchir sereinement, elle le cacha dans son oreiller. Pour le moment, c’était le meilleur endroit où elle pouvait le cacher. En ce qui concernait la notice, elle le garda au même endroit. Elle ne pouvait pas le détruire. Il était le seul élément pour faire pression sur la gardienne et obtenir des privilèges.

Un ou deux jours après l’obtention de cet objet de communication, alors qu’elle commençait seulement à se réveiller, le téléphone se mit à l’allumer. La lumière n’était pas assez violente pour la faire hurler de colère, mais assez pour lui faire comprendre que quelqu’un l’appelait. Sans vraiment comprendre sur le coup, elle décrocha automatiquement.

« Mochi mochi ? », dit-elle par réflexe.

La brune avait acquis ce réflexe téléphonique quand elle habitait au Japon. Même si elle n’y avait vécu que cinq ans, ce fut bien assez pour lui faire prendre de nouvelles habitudes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
❝ LOCALISATION : Laurel
❝ PT. EXPERIENCE : 55
Mystique


 : C

MessageSujet: Re: Une série de gestes simples [Naya, Agate] Lun 19 Nov - 9:28

     Léger blanc au bout du fil. Micky eut une expression étrange. Il mit sa main sur le combiné, et appela un collègue.
     « 
Onyx ? C’est pour toi. »
     Et il lui tendit l’appareil. Ne sachant pas trop quoi faire, Celui-ci le prit, le regarda, regarda Micky, puis Agate, puis suite à l’absence de réaction de celle-ci, à nouveau le téléphone. Après une petite seconde supplémentaire de blanc, il le posa contre son oreille. Utiliser cette expression était un peu cavalier, et elle était jugée trop familière par ce responsable un peu froid. Il répondit donc sur un ton sérieux, plus posé, mais bien entendu en japonais.
     « 
Moushimasu Onikisu, Opāru renraku-yaku. »

     Revenons un peu sur les événements qui précédèrent la déclaration de Tadao comme quoi il était l’agent de liaison de l’Opale, sous le nom d’Onyx.
     Micky, ou Émeraude, avait été nommé par Agate responsable de cette affaire avec Twins K, ce qui semblait aller de soi, étant donné qu’il avait mis en place la procédure de contact, et était aussi responsable d’Emilia Jones. Agate n’aimait pas multiplier le personnel attaché à une opération pour une double raison de sécurité et d’efficacité évidente. Si une seule personne était au courant, en plus de l’Opale, cela limitait les risques de fuite, et ça permettait à cette personne de se concentrer sur son cas, à l’exclusion de tous les autres.
     Le problème étant qu’il était déjà sur une affaire complexe, avec une autre alter-humaine dangereuse et qui représentait un intérêt particulier pour l’Opale. À plusieurs reprises, il avait demandé à Agate de décharger la responsabilité sur quelqu’un d’autre, mais elle avait fait la sourde oreille, prétextant qu’elle déciderai cela en temps voulu, mais que pour l’instant, tous ses autres agents étaient occupés. Il est vrai que comme on avait choisi de laisser à Twins K l’initiative, Micky n’avait pas à beaucoup bosser en la matière. Son seul travail consista en contacter Emilia pour lui demander des nouvelles, et à attendre.

     Tadao Shironewa, ou Onyx, était un personnage particulier. Il n’était pas un gros bras conne Micky, ou un alter-humain dénué de moralité comme Agate, mais un très bon administrateur, un juriste compétent, et surtout, un immense amateur d’art d’Extrême-Orient, qui jouissait de sa petite notoriété dans ce milieu très fermé de collectionneurs, de conservateurs et de vendeurs d’art.
     Il n’y a en général pas grand-chose de mieux pour blanchir de l’argent que de passer par le marché de l’art. C’était là le rôle de La Fondation Tourmaline*, dirigée par Agate, mais dont Tadao était le vrai responsable, et qui pouvait se targuer d’avoir une petite galerie privée – dont l’ancien propriétaire avait dû se séparer suite à une sinistre affaire de scandale sexuel.

     La responsabilité de Tadao dans cette affaire est en fait purement fortuite. Agate était à la galerie, à discuter affaire, quand elle reçut un message de la part de Micky, qui demandait à ce qu’il puisse la voir. Elle lui indiqua où elle se trouvait. Il n’y eut pas besoin de discuter dans une pièce séparée de celle où Tadao montrait à son chef ses dernières acquisitions venues de Thaïlande, car il ne voulut pas parler des deux grosses affaires dont il était responsable, mais de divers problèmes mineurs, liés à des cas très secondaires, en tout cas ne concernant pas des alter-humains.
     Or donc, ils en vinrent à discuter de la charge de travail.
     « 
Hé bien voilà… Mais à part ça, chef, c’est quand que vous me remplacez ?
     –
De quoi ?
     –
Non parce que bon, Le fond de l’air est frais, même pour la saison, et Théodore Roosevelt, ça fait beaucoup, vous comprenez. »
     Les noms de codes pour les différentes affaires de l’Opale étaient volontairement absurdes et sans cohérence les uns avec les autres. Il ne fallait pas que l’ennemi utilise des routines mentales pour induire ne serait-ce que la moindre miette d’information, et puisse relier des dossiers entre eux.
     « 
Surtout que, ce n’est pas n’importe quoi, comme cas.
     –
Émeraude, un jour, il va falloir que tu te mettes dans la tête que quand je dis quelque chose, jusqu’à ce que je ne dise pas le contraire, c’est que ma décision est irrévocable. J’apprécie qu’on en discute et qu’on émette ses opinions, mais il y a un juste milieu à trouver entre toi qui pleure dans mes jupes tous les deux jours que t’es submergé de boulot, et… ben je sais pas, et Onyx, là, qui ne l’ouvre jamais. »
     Elle avait balancé ça avec une extrême froideur. Ces temps-ci, ses hormones lui jouaient des tours, et elle avait une humeur de plus en plus massacrante. Plut tôt dans la journée, ce fut sa secrétaire qui en fit les frais. Tadao se sentit personnellement visé, et voulut s’en défendre.
     « 
Ah mais, moi je dis rien, d’ailleurs, si vous voulez me passer une de ses affaires, je dis pas non, pour l’instant c’est assez calme, de mon côté.
     –
Ah ben voilà !
     –
Non mais, c’est une mutinerie, ma parole. »
     Tadao regretta quelque peu ses mots. Il avait cru se protéger, mais avait en fait alimenté la colère de son chef.
     « 
Bon, alors, je vous explique, les gars, Onyx, Émeraude, je vous aime bien, c’est pas la question, mais vous n’avez pas du tout les mêmes compétences, donc arrêtez de me prendre la tête ; ça m’énerve.
     –
Hé, sauf votre respect, là, j’ai vu le profil de Théodore, Onyx a déjà bossé avec des gens de ce genre, et pas qu’un peu. Je le sais, parce que pour… c’était quoi déjà ?
     –
Dièse vertical.
     –
Oui, voilà ! Vous vous souvenez de Dièse vertical ? Ben on avait bossé ensemble, et ça c’était super bien passé, alors —
     –
Dièse vertical était une petite frappe ! Une peccadille ! Là, on parle de quelqu’un d’une toute autre portée !
     –
Euh… Ben, ouais, mais alors, personne, dans toute l’Opale, n’a jamais rien fait avec quelqu’un de ce rang. Pas même vous, chef. Donc quelqu’un avec pas d’expérience en la matière pour  quelqu’un avec pas d’expérience en la matière… ça ne change rien, en fait. D’ailleurs, vu que c’est un gros poisson, ce serait pas plus mal de le ferrer à deux deux, surtout qu’on bosse bien ensemble, et puis —
     –
Ah, merde, à la fin !
     –
Oh, chef, reconnaissez que c’est une bonne idée, quoi !
     –
J’admets que je ne suis pas contre travailler à nouveau avec Émeraude, on bosse bien, ensemble.
     –
Ah oui ? C’est comme ça ? Hé bien allez tous les deux copieusement vous faire mettre. »
     Elle voulut se diriger vers la sortie, et claquer la porte à grand bruit, mais fut interrompue par la sonnerie du téléphone de Micky. Il le sortit de sa poche, et sans dire de qui il s’agissait, décrocha. Ce fut là qu’il entendit l’expression japonaise.
     La suite des événements fut limpide, dans son esprit. Il allait forcer la main à Tadao et Agate. Le premier à accepter la mission, et la seconde à accepter qu’ils collaborent. Après tout, entre locuteurs japonais, c’était plus qu’approprié.

     Tadao continua à parler au téléphone.
     « 
Vous vouliez nous parler ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ?** »



* : En français dans le texte.
** : en japonais dans le texte.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Une série de gestes simples [Naya, Agate]

Revenir en haut Aller en bas

Une série de gestes simples [Naya, Agate]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Heroe's SUP :: La ville :: La ville basse :: La prison-
Partenaires
dabberblimp"

Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit